SCÈNE IV
SAiNCHE, ELVIRE.
ELVIRE. — Ah Dieux! qu'ils sont gratids, quand on aime, les touritieftis de l'attente f Toutes mes espérances me semblent suspendues à un fil.
SAîïCHE. — Ton père m'a dit qu'il avait déjà donné sa parole à un serviteur de don Tello. Quel étrange changement!
ÈtVîail. — Hélas! j'avais bien raison de dire que mes espérances ne tenaient qu'à un cheveu. Mon père, dis-tu, me marie à un écuyer. Ah I je meurs, j'ai perdu la vie! \is, cher objet de ma tendresse; moi, je vais me donner la mort.
SANCHE. — Rassure-toi : je badinais, chère Elvire. N'aslu pas lu mon âme dans mes yeux? Ton père a dit oui tout ûe suite, et l'a répété plus de cent fois.
ïLviRE. — Ce n'est pas toi que je regrette, c'était d'aller
habiter le château. Élevée dans une humble chaumière, ma simplicité pouvait devenir pour moi une cause d'ennuis, tu en conviendras.
SANCHE. — Et moi, sot, qui m'y suis laissé prendre! Vis, cher objet de mes imbéciles soins. Moi, je vais me donner la mort. Ah! mon Elvire aimée, m' avoir trompé ainsi !
ELVIRE. — Rassure-toi : je badinais, mon cherSanche, C'est Tamour qui m*a dit de te donner cette leçon : le propre de sa nature est d'aimer à se venger.
SANGHB. — Ainsi me voilà ton époux.
ELVIRE. — Ne dis-tu pas que c'est convenu?
SANCHE. — Ton père, mon amie, m'a donne un conseil que je ne demandais pas; il veut que j'aille prier don Tello, mon maître, seigneur de ce pays et puissant en paix comme en guerre, de m'accorder quelque faveur. J'ai en toi, mon Elvire, toutes les richesses du monde, le soleil ne voit pas dans les Indes de trésors qui égalent tes attraits; mais ton père dit que je dois cette démarche à naon seigneur. Nuno est vieux, il est sage; de plus, il est ton père. 11 faut avoir égard à son opinion. Adieu, ma charmante; je vais parler à don Tello.
ELVIRE. — Et moi je vais attendre ton retour.
SANCHE. — Je voudrais que lui et sa sœur me comblassent de présents pour te les offrir.
ELVIRE. — Contente-toi de lui faire part de notre mariage.
SANCHE. — J'ai remis toute ma destinée entre ces belles mains; veux-tu m'en accorder une?
ELVIRE. — Elle doit t'appartenir à jamais, la voilà !
SANCHE. — Maintenant que j'ai cette main, que pourrait contre moi la fortune? Tu verras ma reconnaissance pour tant de faveurs I Mon esprit s'est ouvert aux leçons de l'amour.
(Ils sortent.)