SCÈNE V Une cour devant le châteaa de don Tello
DON TELLO en habit de chasse, JULIO, CELÏÔ.
TELLO. — Prenez cet épieu.
juuo. — La chasse a été splendide.
TELLO. ^ La campagne est si belle, si fleurie, que son aspect seul est une fête.
CEuo. — On dirait que ces ruisseaux s'eflbrcent à l'envi de baiser les pieds des fleurs du rivage.
TELLO. — Celio, je t'en prie, pense à faire manger mes chiens.
CELIO. — Tous deux ont joliment bien escaladé le pic de ces collines.
JULIO. — Ce sont de fameuses bêtes.
CEUO. — Florisel est le meilleur du pays.
TELLO. — Galaor n'est pas si mauvais^.
JULIO. — Il n'y a pas de lévrier qui le vaille.
CEUO. — Voici votre sœur, notre maîtresse. Elle a deviné votre arrivée.
(Entre Feliciana.)
TELLO. — Quels tendres soins, ma chère Feliciana ! Ah 1 croyez-le, votre tendresse ne s'adresse point à un ingrat.
FELicuNA. — J'ai tant d'affection pour vous, mon seigneur, qu'en vérité, quand vous êtes dehors, toutm'alarme. 11 n'est plus pour moi ni repos, ni sommeil. U» lièvre alors, un malheureux lapin, deviennent monstres à mes yeux.
TEUo. — Dans nos montagnes de Galice, ma sœur, il y a peu d'animaux dangereux, et je le regrette ; à mon âge, on aimerait à les rencontrer. Quelquefois, de l'épaisseur des bois, s'élance le sanglier. On voit alors l'animal farouche, près du coursier qui frémit, déchirer le collier des chiens, et n'assouvir sa vengeance que lorsqu'il a échangé contre leur sang l'écume qui blanchit sa gueule. Parfois aussi se montre un ours qui, debout, vient à l'attaque du
^ Sonvenir de VÂmadii de Gaule. Florisel et Galaor sont les noms de ^Qx héros de ce fameux roman de chevalerie. Galaor est frère d'Amadis.
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chasseur avec tant de furie que souvent Thomme et l'animal roulent ensemble à terre. Mais notre chasse ordinaire, bien qu'assez variée, est plus modeste, et nous ne tentons pas le ciel. Telle qu'elle est, c'est l'exercice le plus digne des princes et des pobles, car il enseigna les ruses de la guerre, rend familier l'usage des armes, et le corps plus dispos.
FEuciANA. — Si vous éticz marié, vous ne me donneriez plus ce souci qui trouble si souvent mon repos.
TELLO. — Mes grandes possessions dans ce pays m'empêchent d'y trouver mon égale.
FELiciANA. — Vous pourriez vous unir à la fille de quelque seigneur de haute naissance,
TELLO. — Serait-ce un détour pour me reprocher de n« t' avoir pas encore mariée? C'est un désir naturel aux filles.
FELICIANA. — Vous VOUS trompez, je le jurej c'est votre bien seul que je souhaite.