‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 63 sur 226 · SCÈNE Vî · texte numérisé non relu

SCÈNE Vî

Les mêmes, SANCHE et PELAGE en dekou ée la êt&mt,

PELAGE» r— Je les vois seuls, personne ne te gênera» SANCHE. — Tu as raisoui il u'y ^ avôo eui^ que des gen» de la maison^ PELAGE. — Nous verrons ce qu'ils vont te donner* SANCHB. — Je ne songe qu'à m'acquitter de rooR da-r voir;^, [Ils entrent dam la cour,) — Noble et illustre Tello, et vousi belle Félicie> seigneurs de ce pays qui a tant de raisons pour vous aimer ^ permettes h Sancbc de 1, baiser vos pieds> à Sanche, l'un de eaux qui ont soin de vos troupeaux; c'est un office bien humble, il est vraii m^is, dans notre Galice ^ le sang est si généreux, que la seule différence entre le pauvre et le riche, c'e^t que le premier est obligé de servir. Je suis pauvre, et sans doute

1 . Placée à Tangle nord-ouest de la Péninsule, la Gnlice fut de bonne heure évacuée par les Arabes. Comme les Asturiosi éïU étaij; donc >euplée de vieux chrétiem.

JOURNEE I, SCEME VI. 7»

VOUS ne me connaîtrez pas, puisque plus de cent trente familles vivent de votre pain, et attendent de vous leur salaire; cependant, peut-être en chassant aurez-vous jeté les veux sur moi.

TELLO. — Oui, je vous ai vu; votre personne me plaît, et je vous veux du bien.

SANCHE. ^ Je vous suis bien reconnaissant, et je baise vos pieds.

TELLO, — Que veux-tu?

SANCHE. — Les années passent avec rapidité; elles cou<« rent si vite vers le trépas, que notre vie n'est qu'un séjour dans une hôleiierie; on y arrive le soir, et Ton en sort le lendemain par la mort. Je suis le fils d'un honnête homme qui n'avait pas eu l)esoin de servir, et mon nom finirait ^ avec moi. J'ai recherché en mariage une honorable personne, la fille de Nuno d'Aybar; c'est un simple laboureur, mais on voit encore au-dessus de sa porte les vestiges de ses armoiries, et dans sa chaumière quelques lances du vieux temps ^; ces souvenirs, joints à la vertu d'Elviia (c'est le nom de ma future), m'ont déterminé. Elle y coo» M, son père le veut aussi, mais il attend votre agrément. «Le seigneur, me disait-il ce matin, doit savoir tout ce qui ^ sapasse chez ses vassaux, depuis le plus grand jusqu'au \ plus petit de ceux qui vivent sur son bien, et les rois ont \ grand tort de ne pas attacher à ce point une importance ' queU'op souvent ils négligent* » Docile à ses conseils, et déférant à son ordre, je viens, monseigneur, vous annoncer que je me marie.

TBLLO. — Nuîio a de l'esprit, et il t*a conseillé à mer* veille. — Celio!

CELio. -^ Seigneur?

TELLO. — Tu donneras à Sancae vingt vaches et (ient

^ îrtit érainettimetit oaraotérittiqoe de PEspugnet On retuidntre Partout de setnbluble» arnusiriès diini lei viUagei dei prdviooes dii îiwdi — Pour comprendre d'ailleurs ce qu*il faut eotetidre fi^ le h' '*<»<fttr espagnol, qui peut être un très -grand, propriétaire, et par un cbtf de troupeaux cérame Soncke, voy; aa.nê Sévilte et VAndatousie^ par ^•Antoine de Latour, t. II, p. 801» un curitux chapitre intitulé * ^'cefa e( ses laboureurs.

80 LÉ MËÎLLÊUtl ÀLdADÈ.

brebis; ma sœur et moi nous honorerons la noce de notre présence.

SANCHE. — Quelle faveur signalée!

PELAGE. — Quelle signalée faveur !

SANCHE. ■— Quel riche présent!

PELAGE. — Quel présent riche!

SANCHE. — Rare générosité 1

PELAGE. — Générosité rare!

TELLO. — Quel est cet homme qui accompagne tes paroles comme une espèce d'écho?

SANCHE. — C'est un serviteur de Nuno.

PELAGE. — Je suis son enfant prodigue.

TELLO. — Comment?

PELAGE. — Je garde ses pourceaux. Je viens aussi avoir recours à vos grâces.

TELLO. — Avec qui te maries-tu, toi?

PELAGE. — Avec personne, pour le moment; mais, si le diable vient à me tenter, je viendrai aussi vous demander quelques moutons. Un astrologue me dit un jour à Salamanque que j'eusse à me garer de l'eau et des taureaux. Je me le suis tenu pour dit; et, pour éviter le danger, je suis resté garçon, et je n'arrose pas mon vin.

FELiciANA. — Le drôle d'homme!

TELLO. — Il est plaisant.

FELICIANA. — Sois heureux, Sanche; et loi, Gelio, ne tarde pas à envoyer chez lui le bétail que mon frère lui donne.

SANCHE. — Je ne sais comment m'y prendre pour louer votre générosité.

TELLO. — Quand le maries-tu?

SANCHE. — Mon amour voudrait bien que ce fût pour ce soir même.

TELLO. ^ Déjà pâlissent les rayons du soleil, et, parmi des nuages d'or, il baisse rapidement vers le couchant. Va faire tes préparatifs. Ma sœur et moi nous assisterons à ta noce. Holà! que l'on prépare le carrosse.

SANCHE. — Mon cœur et ma bouche, seigneur, ne cesseront de vous louer et de vous bénir.

(11 sort.)

JOURNEE î, SCENE VU, 81

PELiciANA. — Et toi, tu ne veux pas absolument te marier?

PELAGE. ^ Moi, madame, j'aurais bien épousé sa maîtresse, qui est bien la plus jolie bergère de toute la Galice, mais elle a su que je gardais les porcs, et elle m'a trouvé trop...

FEuciANA. — Elle avait, je crois, raison.

PÉUGE. — Ma foi, madame, chacun garde comme il peut...

FEUCIANA. — Quoi doUC?

P£UG£. — Ce que nos parents nous recommandent de

garder.

(Il sort.)

FEUCIANA. — Sa bêtise me divertit.

CEUO. — A présent qu'il est parti, ce brave garçon, qu; n'est pas déjà si bote, je dirai à vos seigneuries qu'Elvire est la plus belle fille qu il y ait dans toute la Galice, que sa ligure, sa taille, son esprit, sa vertu, sont tels, qu'elle serait digne du plus noble gentilhomme de TEspagne, FEUCIANA. — Vraiment, elle est si jolie? CEUO. — C'est un ange.

ïELLo. — Eh) mais la passion ne parlerait pas autrement.

CEUO. — Oui, j'en al été quelque temps amoureux, mais je n'exagère point.

TELLO. — Il y a de ces villageoises qui, sans fard, sans atours, charment les yeux et entraînent l'àme; mais elles font tellement les renchéries et les précieuses, que leurs façons m'en dégoûtent.

FEUCIANA. — Si elles se défendent, nous devons les en estimer davantage.

(Ils sorteot.)

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