SCÈNE VII
Une ehaitibre dans la maison de Kuflo.
Entrent NUNO et SANCHE.
NuNo. — C'est là ce qu'a répondu don Tello?
SANCHE. — C'est ce qu'il a répondu.
NUNO. — Sa conduite est digne de la noblesse de sa naissance.
SANCHE. — Il a ordonné de me donner le bétail que je vous ai dit.
NUNO. — Que le ciel conserve ses jours.
SANCHE. — Mais, quelque superbe que soit son présent, j'estime encore plus l'honneur qu'il me fait en daignant être mon parrain ^
NUNO. — Et sa sœur viendra aussi?
SANCHE. — Elle viendra.
NUNO. — C'est le ciel qui leur inspire une telle bonté.
SANCHE. — Ce sont de nobles seigneurs.
NUNO. — Oh! je voudrais que cette maison, qui attend les hôtes les plus puissants du royaume, pût se changer en un grand palais )
SANCHE. — Qu'à cela ne tienne. Si la maison est trop petite pour recevoir, notre bonne volonté y suppléera. Les voilà qui arrivent.
NUNO. — Ne t'ai-je pas donné un bon conseil?
SANCHE. — J*ai trouvé en don Telle un seigneur parfait de tout point, car ce n'est pas tant par sa générosité qu'il se montre tel que parce qu'il sait honorer en même temps qu'il oblige. Que nul ne prétende donc au titre de grand seigneur, s'il ne sait pas joindre la délicatesse aux bienfaits.
NUNO. — Vingt vaches et cent brebis, ce sera une jolie propriété, lorsque, au retour du printemps, tu les mèneras dans les prés du Sil. Que Dieu récompense don Tello pour tant de bonté.
SANCUE. — Où est Elvire, seigneur?
NUNO. — Sa coiffure ou quelque parure de noce l'occupent sans doute.
SANCHE. — Il lui suffit de sa figure; elle n'a besoin ni de frisure, ni d'atours. Elle brille comme le soleil.
NUNO. — Ton amour n'a rien du village.
1. Au lieu du garçon et de la demoiselle d'honneur, l'usage veuti en Espagne, que le futur ait un parrain, la future une marraine.
SANCHE. — Près d'elle, mon père, j'aurai la constance d'un berger et les soins d'un courtisan*.
HUNO. — On ne peut aimer véritablement si l'on manque d'esprit, parce que l'amour consiste à savoir pourquoi l'on aime. Je suis charmé de te voir ainsi. — Appelle nos gens; je veux que don Tello voie que je suis ou du moins que j'ai été quelque chose*.
SANCHE. — Il arrive avec sa sœur, et nos gens avec eux. Dites à Elvire de laisser là ses cheveux, et de venir recevoir l'honneur qu'on lui fait.