SCÈNE VIII
Lbs mêmes, don tello avec sa suite, PELAGE, JUANA,
LEONOR et paysans.
TELLO. — Où est ma sœur?
JUANA. — Elle est allée voir la mariée.
SANCHE. — Monseigneur...
TELLO. — f Sanche?
SANCHE. — Ce serait folie à un simple laboureur comme moi de prétendre vous remercier comme il convient pour tant de bontés.
TELLO. — Où est ton beau-père ?
NUNO. — Ici, et l'honneur que vous lui faites va prolonger le cours de ses années.
TELLO. — Embrasse-moi.
NUNO. — ^ Je voudrais que cette maison fût un monde, et que vous en fussiez le maître.
TELLO, à Juana. — Comment vous appelez-vous, bergère?
pÉLAGfE. — Pelage, seigneur.
TELLO. — Je ne te parle pas, à toi.
4 . Ces bergers foDt parfois de Tesprit : mais ils sont néanmoins suffisamment bergers.
2. Que de noblesse et d'élévation dans cette mstique simplicité I Lopo peint ici avec complaisance et admirablement la classe qui a toa« jours gardé intact Tbonnenr du caractère espagnol, le peuple des cam pagnes.
rfLAGE. — Je croyais que si.
juANA. — Juana, pour Vous servir.
TELLO. — Elle est gentille.
PELAGE. — Oh! vous ne la connaissez pasi Si quelque garçon d'avisé de la pincer, elle vous lui donne sur la tête un tel coup de sa cuiller à pot, dont il demeure tout étourdi. Je voulus un jour m'approcher de la mârnilte; je m'en iuls senti pendant deux mois.
TELLO, à Leonor. — Et vous, votre nom?
PELAGE. — Pelage, seigneur.
TELLO. ^ Ce n'est pas à toi que je parle.
PELAGE. — Alors je me suis trompé.
TELLO. — Comment vous appelez-vous, mon enfant?
LE050R. — Moi, seigneur? Leonor.
PELAGE, à part, — Il s'informe des jeunes filles, et des garçons pas du tout. — (Haut.) Moi, seigneur, je m'appelle Pelage.
TELLO. — Es-tu quelque chose à quelqu'une d'elles?
PELAGE. — Oui, seigneur, je suis le porcher.
TELLO. — Je demande si tu es le mari ou le frère...
Ntmo. — Imbécile!
SANCHE. — Mal appris!
PELAGE. — Je suis comme m'a fait ma mère.
SANCHE. — Voici la mariée qui vient avec sa marraine.
(Entre Feliciana avec Elviie.)
FELiciANA. — Ils méritent toutes vos bontés, mon frère* Heureux le seigneur qui a de tels vassaux.
TELLO. — Vous avez bien raison. — La belle fille I
FELICIANA. — Elle est charmante.
ELviRE. —* Excusez mon embarras; vous le comprendrez sans peine : c'est la première fois que je vois Votre Sei* gneurie.
NUNO. — Veuillez vous asseoir; mes chaises sont celles d'un laboureur.
TELLO, à part. — Jamais je ne vis rien d'aussi beau. Quelle divine perfection ! Combien elle est au-dessus des éloges qu'on m'en a faits! Heureux celui qui a l'espoir de posséder tant d'attraits!
FELICIANA. — Mon frère, permettez à Sanche de s'asseoir.
TBUO, •*- Asseyez-vous.
SAUCHP, — Pardonnez, seigneur.
TELi^o, -^ Asseyez-vous,
SAWCHE. -^ Moi, m' asseoir, et devant Sa Seigneurie 1
FitLîcuNA, — Mettez-vous près do la mariée. Personne ne peut vous disputer cette place.
TELI.Q, à part, -r- Je n'aurais jamais cru qu'il existât un% beauté si parfaite.
PELAGE. — Et moi, où vais-je m'asseoir?
NUNo. — A récurie; c'est là que tu peux faire la fête.
TELLO, à part, — Vrai Dieu ! Je me sens embraser. — [Haut.) Comment se nomme la mariée?
PELAGE. — Pelage, seigneur.
miHO. '^ Te tairas-tu? Sa Seigneurie parle aux femmes, et tu n*es pas une femme, toi. «-* Elle se nomme Ëlvire; monseigneur.
TELLO. — Vrai dieu! voilà une Elvire bien belle, et qui est digne par ses attraits d'un mari... aussi bien né.
NUNO. — Allons, jeunes filles, égayez la fètc,
TELLO, à part, — Elle est ravissante.
NUNO. -^ En attendant que le curé arrive, danses à la mode de votre pays^.
J13ANA. -— Le curé est déjà arrivé.
TELLO. — Dites-lui qu'il n'entre pas. [A part.) Cette figure divine me fait perdre la raison.
SANCHE. — Pourquoi cette défense, seigneur?
TELLO. — Parce que, à présent que je vous connais, je veux vous honorer davantage.
SANCHE. — Tout ce que je demande, tout ce que je désire, monseigneur, c'est de me marier avec Elvire.
TELLO. — Demain, ce sera mieux.
SANCHE. — Ne retardez pas, seigneur, le bonheur qu m'attend. Voyez mon angoisse; le moindre accident peut me ravir un bien que je suis au moment de posséder. Si les sages disent la vérité, il faut en croire oelui qui
\, C'est la danza prima, danse nationale en Galice, comme la ;ofa en Aragon, le jaleo à Xérès, etc. Les paysannes improvisent aisément Tair et les chansons qui accompagnent cette danse, qui m termine toujours par un afi nigvi et prolongé : ijvju !
enseigne que c'est le soleil qui apporte au monde les nouveautés. Qui sait ce que nous amènera le soleil de demain? TBLLO. — Quelle rusticité grossière! Je veux lui faire honneur, lui faire fête; et lui, ma sœur, en votre présence, il 8* obstine de la façon la plus malhonnête. — Emmène ta fille, Nuno, et demeure en repos pour cette nuit.
(Don TeUo et Feliciana sortent avec leur suite.)
NUNO. — Il sera fait selon votre plaisir.