‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 68 sur 226 · Jeu de mots sur cura, curé, et cura, gu^rîson · texte numérisé non relu

Jeu de mots sur cura, curé, et cura, gu^rîson

TKIW. — Oui.

(Il frappe.)

CELio. — Voilà qu'on ouvre,

ELVIRB, en dedans, bas. — Entre, Sanche, mon amour*

CELIO. — Elvire?

ELVIRB. — C'est moi.

UN VALET, à part, — Quelle chance 1

(Il s'empare d'Elvjre,)

ELVIRE. — Ah I ce n'est point Sanche 1 Ah ! malheureuse ! — Mon pèrel mon pèrol Au secours! on m'enlève I on m'enlève I

TBLLO. — En route, maintenant. » NUNO, en dedans. — Quel est ce bruit!

ELVIRB, de loin, — Mon père!

TELLO. — Fermez-lui la bouche!

NUNO. — 0 ma fille! je te vois, je t'entends; mais que peuvent mon Age et ma faiblesse contre la violence d'un puissant ravisseur? Car je crois deviner le coupable.

(II court.) (Entrent Sanche et Pelage.)

SANCHE* — Il me semble avoir entendu des cris dans le vallon, du côté de la maison de Nuno.

PILLAGE, — Parlons bas; les domestiques pourraient nous entendre.

SANCDB. — Souviens-toi, quand je serai entré, de ne pas tendormir.

PELAGE. — Ne craignez rien, j'ai pris un à-compte sur le sommeil.

SANCRB. ** Je sortirai qnand l'étoile du matin viendra donner le signal à Taurore; mais je sortirai en la maadissani» car elle m*aura chassé du ciel.

Pi^GK. — Pendant que tu seras occupé là dedans, sais* ta à quoi je ressemblerai, moi? — A la mule du docteur, milcliant son frein à vide devant la porte d*un malade.

SANCHB. — Est-ce le moment de frapper?

PELAGE. — Je gagerais qu'Elvire guette déjà par le trou de la stTrure.

SAXCHE, — Allons, je frapiH\

(Rentre Nafto.)

NUNO. —7 Je suis anéanti.

SANCHB. — Qui va là?

NUNQ, — Un homme.

SANCHE. — Quoi! c'est vous, Nuno?

NUNO. — Eh! c'est loi, Sanche?

sANCuE. — Vous» dans la rue? — Que veut dire ceci?

NUNO. — Tu demandes ce que c'est?...

JSANCSE, ^— San3 doute; qu*est-il arrivé? Je crains un malheur,

NUNO, — Oui, un malheur, et le plus grand de tous.

3ANcnE. -^ Que dites- vous?

NUNO. — Une troupe de gens armés a brisé cette porte, et ils ont enlevé...

SANCHB. ^- N'achevez pas; je devine le reste.

NUNO. — J'ai essayé, à la clarté de la lune, de les reconnaître; mais je n'ai pu distinguer leurs traits : ils étaient masqués.

SANCHE. — Les reconnaître? A quoi bon? Ce sont des domestiques de don Tello, à qui vous ayez voulu aue je parle. Malédiction sur ce conseil! Dans toute la vallée, il n'y a que dix maisons en comptant l'ermitage, et ces maisons ne sont habitées que par de pauvres laboureurs. Ce n'est aucun d'eux. Il est clair que c'est le seigneur qui l'aura fait conduire chez lui, et la preuve, c'est qu'il a re- y tardé mon mariage. Mais, je le jure, j'aurai justice; je la v trouverai sur la terre, quoiqu'il soit un homme puissant, et le plus riche de ce royaume. Vive Dieu! je vais... Je vais mourir, c'est le seul parti qui me reste.

NUNO. — Arrête, Sanche.

PELAGE. — Pardieu! si je rencontre ses pourceaux dans le pré, je les assomme à coups de pierre, fussent-ils entourés de gardes.

NUNO. — Voyons, mon fils, fais appel à ta raison.

SANCHE. — Eh! mon père, suis-je en état de réfléchir? Vous m'avez donné un mauvais conseil, trouvez-m'en un bon maintenant.

NUNO. — Demain, nous irons parler au seigneur don Tello. Ce n'est qu'une élourderie de jeunesse, dont peut-

être il se repent déjà. Quant à Elvire, je t'en réponds; m menaces, ni prières ne pourront la faire céder.-

SANCHE. — Je la connais et je le crois... Hélas! je meurs d'amour, je succombe de jalousie. Quel homme éprouva jamais un semblable malheur? Et dire que c'est moi qui ai conduit sous mon toit le loup cruel qui m'a ravi mon ^ innocente brebis!... J'étais donc insensé! Oui, je l'étais; car, des cavaliers riches et puissants n'apportent jamais que du malheur dans la maison des pauvres. Il me semble voir son visage couvert des perles qui tombent de ses yeux sur les roses de ses joues. Je la vois défendre son honneur; je l'entends, hélas! je l'entends gémir; je l'entends repousser les séductions de son tyran. Elle se voile de ses cheveux épars contre les désirs qu'il éprouve. Laissez-moi, Nuno, je veux mourir; je ne me connais plus. Ah ! je meurs d'amour, je succombe de jalousie.

^ NUNO. — Tu es un homme bien né, Sanche. Rappelle ton ( courage.

SANCHE. — J'imagine, je crains des choses dont la seule pensée me bouleverse jusqu'au fond de l'àme, sans que je puisse me contenir. Je veux aller dans la chambre d'Elvire.

PELAGE. — Et moi à la cuisine. Je meurs de faim, et à toutes ces aventures, j'ai perdu mon souper.

NUNO. ^- Entre, et repose jusqu'à demain. Don Telle n'est pas un barbare.

SANcuE. — Hélas! je meurs d'amour, je succombe à la jalousie.

FIN DE LA PREMIERE JOURNÉE

DEUXIÈME JOURNÉE

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