‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 71 sur 226 · PELAGE, NUNO, SANCHE · texte numérisé non relu

PELAGE, NUNO, SANCHE

PELAGE. — Ah ! les voilà.

SANCHE. — Qui vient ici?

PELAGE. — C'est Pelage tout plein de joie, et qui vous demande des étrennes.

SANCHE. — Des étrennes, en ce moment? quand Nuiïo est expirant, et que je succombe moi-même.

PELAGE. — Oui, des étrennes.

NUNO. — Ne sais-tu pas qu'il est fou?

PELAGE. — Elvire a reparu. '

fiANCHB. — Ahl mon père, ahl ciel! Taurait-on rendue? Que dis-tu là, mon cher Pelage?

PELAGE. — Oui, on raconte dans tout le bourg que depuis hier, h minuit, elle est dans la maison de don Tello.

SANCHE. — Malédiction sur toi!

PELAGE. — Et tout le monde est convaincu qu'il ne la rendra pas.

NUNO. — Mon fils, pensons au remède. Le noble roi de Caslille Alphonse réside maintenant à Léon^ Il est loyal et justicier. Va le trouver, informe-le de ce qui se passe, et j'ai quelque idée qu'il nous sera fait justice.

8ANCI1B. — Ah! Nuno, je n'en doute point, le roi de Castille est un prince parfait; mais comment veux-tu qu'ua pauvre laboureur puisse pénétrer jusqu'à lui? mon pied n'oserait fouler ses appartements. Quel portier, d'ailleurs, soutlVira-t-il que j'entre? Là, les portes sont ouvertes au bï1)carl, au drap d'or, à d'imposants cortèges, et Ton a peut-iHre raison; mais les pauvres, on leur permet de regarder les armoiries qui sont au-dessus des portes, et encore, à condition de ne pas en approcher de trop près. Si jo vais à Léon, et que j'essaye de pénétrer dans le palais, tu verras comme on me cai^essera les épaules avec la pointe des hallebardes. Présenter des suppliques qu'accueille la bonté, la piété du roi..., de ses mains elles tombent bientôt dans Toubli. Je repi^endrai mon chemin, après avoir vu des dames, des cavaliei^s, des églises, le palais, le parc, et jo no rapporlorui que du dégoût à vivre parmi nos yeuses, nos hétros« nos supins> sans autre distraction que le chant du coq et raboioment do nos chiens. Vrai, Nuno, tu ne raisouuos pas bien.

I ^ \>K(^Ut« \ltt VOYAUUM de ce Uv^m » à eaTÎron cinquante Utnes du

JOURNÉE IL SGÈNB IV. tK^

Ntmo. — Sanche, je sais que je te donne un bon conseil. Va parler au roi Alphonse; car, si tu restes ici, je le crains, tu cours risque de la vie.

SANCHB. — Je n'ai pas d'autre désir.

KUKO. •— Tu connais mon cheval châtain, dont la vitess» peut défier celle du vent; prends-le. Pélagë t'accompa* gnera sur le cheval auber, quHl monte d'ordinaire aux champs'.

SANCHE. — Vous le voulez? j'obéis. — Veux-tu venir k Léon avec moi, Pelage?

PELAGE. — Et si content de voir ce que je n'ai pas vu» que je vous baise les pieds. On dit que la capitale est un vrai paradis; que les rues y sont pavées d'omelettes et de tranches de jambon; que les étrangers y sont régalés comme s'ils venaient d'Italie, de Flandre ou de Maroc; enfin que c'est un sac où la Fortune réunit pôle-méle toutes les pièces de l'échiquier, les blanches et les noires. Allons donc, pour Dieu! h la cour.

SANCHB. -^ Adieu» mon père, je vais partir. Donnes-moi Yotre bénédiction.

NUNo. ~ Mon fils, tu as du sens et de l'esprit; parle au roi avec courage.

SANCHB. — Vous verres ce dont je suis capable.*^ Partons.

NUNO. -— Adieu, mon fils.

BANCHB. —Adieu, mon père.

PELAGE, — Adieu, mes chers petits cochons.

(Ils sortent.)

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