‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 76 sur 226 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Salle da palais, à Léon.

LE ROI, LE COMTE, DOiN ENRIQUE.

LE ROI. — Comte, le ciel sait quel cas je fais de rattachement de ma mère

LE COMTE. — Mon redouté seigneur, je respecte vos motifs; vous montrez en tout votre grand caractère.

LE ROI. — Ma mère, il est vrai, m'a grièvement offensé*; mais, après tout, elle est ma mère.

( Entrent Sanche et Pelage.)

PELAGE. — Je crois que tu peux avancer.

SANCHE. -^ Je vois, Pelage, celui à qui je donne toute mon âme, n'ayant rien de plus précieux à donner : ce soleil de Castille,ce Trajan généreux, cet Hercule chrétien, ce César espagnol.

PELAGE. — Qu'on me parle de marcassins; moi, je n'entends rien à toutes ces histoires du Cid', mais je vois dans ses mains beaucoup de raies qui sont autant de signes de victoire. Va vers lui, prosterne-toi à ses pieds, et baise sa puissante main.

SANCHE. — Souverain empereur', invincible roi de Cas-

4 . Allusion aux scandales de la conduite d^Urraqne, et notamment à sa liaison avec don Pedro Gonzalès de Lara, après qa*eIleeot été répudiée par Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon, son second époux.

2. Tons ces héros historiques se confondent dans l'esprit du bon Pelage avec le Cid dont il a entendu parler dans les romanoes. Il y a du Sancho Pança dans ce gardeur de pourceaux.

3. Alphonse YII Rivait pris ce titre lors de son couronnement solennel par l'archevêque de Tolède, en 4435. C'était un souvenir de Tempire romain.

no LE MEILLEUR ALCADE.

tille, permettez-moi de baiser la plante de vos pieds qui, avec l'aide de Dieu, auront bientôt Grenade pour coussin, et Séville pour tapis, qu enrichiront de leurs couleurs les navires et les fleurs de ses rivages toujours charmants. — Me reconnaissez-vous ?

LE ROL — Tu es, je crois, ce Galicien qui vint dernièrement me demander une grâce.

SANCHE. — C'est moi-même.

LE ROI. — Rassuré- toi.

SANCHE. — C'est avec un profond sentiment de regret que je me suis vu contraint de revenir importuner Votre Majesté; mais si* je suis indiscret en vous fatiguant de mes plaintes, vous vous montrerez empereur en pardonnant à celui qui vient demander justice à votre clémence.

LE ROI. — Dis-moi ta peine, et sois sûr que je fécoute, La pauvreté est un titre de faveur auprès de moi.

SANCHE. — Invincible roi, de retour en Galice, je remis vQtre lettre à don Tello, pour que, suivant la justice et vos ordres, il me rendît ma bien-aimée. Il la lut, mais, au lieu de respect, il ne ressentit qu'une peine mortelle, et, loin de me rendre celle que j'aime, de nouveaux outrages furent le prix d'avoir osé lui porter votre volonté. Nous avons reçu de tels traitements, ce laboureur et moi, que c'est un bonheur, sire, un vrai miracle d'avoir pu échapper à la mort. Je fis quelques démarches pour n'avoir point encore à fatiguer votre inépuisable bonté; tout fut inutile. Le curé, dont l'autorité est grande chez noUs, lui a parlé, ainsi qu'un bénit abbé, un saint homme qui réside à Saint-Pélage de Samos ', et qui eut compassion de moi; rien n'a pu émouvoir son cœur : vains ont été tous nos efforts. Il ne m'a pas même permis de la voir, ce qui m*eût été de quelque consolation. Je suis alors revenu vers vous, sire, et je vous demande justice, comme je la demanderais à Dieu, dont vous êtes l'image et le représentant sur la terre.

LE ROI. — Une lettre de ma main!... L'aurait-il par hasard déchirée ?

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