‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 77 sur 226 · Abbaye de bénédictins · texte numérisé non relu

Abbaye de bénédictins

JOURNÉE III, SCENE I. iii

8ANCHE. — Pour ajouter à votre colère, un plus habile Taffirmerait peut-être; mais Dieu me préserve de ternir mon bon droit par un mensonge. Il lut votre lettre et ne la déchira pas; je mens, car, c'était la déchirer que de la lire, et de ne pas exécuter Tordre que lui donnait son roi.

LE ROI. — Malgré les humbles travaux de ta profession, il faut que tu sois né d*un sang généreux et que tu doives le jour à des parents nobles; on le voit à ta façon d'agir et de Texprimer. Il s'agit maintenant de porter remède h tout, et d'une fois. — Comte?

LE COMTE. — Seigneur?

LE ROI. — Don Enrique?

ENjiiQUE. — Majesté?

LE ROI. — Je pars pour la Galice. Mon honneur veut que je fasse justice, mais que ce soit un secret.

LE COMTE. — Sire...

LE ROI. — Pas de réplique. Faites amener des chevaux à la porte du parc.

LE COMTE. — Votre palais étant toujours ouvert au peuple, on saura bientôt...

LE ROI. — Que pourra-t-on savoir ? Les gentilshommes de ma chambre diront que je suis indisposé.

ENRIQUE. — J'oserai avoir un autre avis.

LE ROI. — Ma résolution est prise; toute observation est superflue.

LE COMTE. «^ Veuillez au moins attendre un ou deux jours, afin que l'on puisse répandre le bruit de votre maladie.

LE ROI. — Bons laboureurs...

SANCHE. — Sire...

LE ROI. — Offensé de la cruauté, de la violence et de ropiniàtreté de donTello, je vais moi-même le châtier.

SANCHE. — Vous, sire! vous abaisseriez jusque-là votre couronne ?

LE ROI. •«— Partez sur-le-champ; disposez la maison de votre beau-père, sans dire ni à lui, ni à âme qui vive, ce qui se passe; et cela sous peine de la vie.

SANCHE. — Vous serez obéi, sire.

tl2 LE MEILLEUR ALCADE.

LE ROI, à Pelage. — Et toi, Fami, si Ton te demande qui je suis, tu diras à tout le monde : un gentilhomme castilan. Bouche close, entends-tu? Comme cela, les deux doigts sur les lèvres.

PELAGE. — Je les tiendrai fermées si bien, que je ne veux pas même bâiller. Mais j'espère que Votre Grâce, prenant pitié de ma faiblesse, m'autorise à manger de temps en temps.

LE ROI. — Il va sans dire que tu ne dois pas toujours rester la main sur la bouche.

SANCHE. — En vérité, sire, c'est trop d'honneur que vous faites à ma bassesse. Envoyez là-bas, pour faire justice, un de vos alcades.

LE ROI. — Le meilleur Alcade est le Ror.

(Ils sortent.)

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