SCÈNE IV
Entrent LE ROI, SANCHE, LE COMTE et DON ENRIQUE.
SANCHE. — Du plus loin que je vous ai vu, je vous ai reconnu.
LE ROI, bas à Sanche. — Souviens-toi que personne ici ne doit savoir qui nous sommes.
NUNO. — Soyez, seigneur, le bienvenu.
LE ROI. — Qui êtes- vous?
SANCHE. — C'est Nuno, mon beau-père.
LE ROI. — Je suis bien aise de vous voir, Nuno.
NUNO. — C'est moi, seigneur, qui vous baise les pieds.
LE ROI. — Prévenez vos serviteurs de ne pas dire à don Tello qu'il est arrivé un juge.
NUNO. — Je vais fermer la porte; ainsi personne ne sortira. Mais, seigneur, je ne suis pas rassuré en voyant que vous n'amenez avec vous que deux hommes. Il n'y a pas dans tout ce royaume un seigneur plus absolu, plus riche, ni plus orgueilleux que lui.
LE ROI. — Nuno, la verge* que le roi m'a confiée fait l'office du tonnerre : elle annonce la foudre. Seul, comme je suis, je saurai faire justice pour le roi.
NUNO. — Il y a, seigneur, en votre personne quelque chose de si imposant, que je tremble, bien que je sois l'offensé!
LE ROI. — Je vais procéder à l'information.
4. Trait sanglant d'ironie contre les lenteurs de la justice d'alors, «t peut-être de tous les tempsi en Espagne.