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JOURNEE m, SCENE IV. 119
NUNO. — Reposez-vous d'abord, seigneur : vous aurez le temps de vous en occuper.
LE ROI. — Je n'ai jamais trop de temps. Es-tu arrivé en bonne santé, Pelage?
PELAGE. — Oui, seigneur, en bonne sanlé. Votre Grâce saura...
LE ROI. — Que t'ai-je dit?...
PELAGE. — C'est juste. — Comment se porte Votre Seigneurie?
LE ROI. — Fort bien, grâces au ciel.
PELAGE, bas à Nuf^o. — Par ma foi, si nous gagnons notre procès, je veux offrir au juge un cochon gros comme lui.
NUNO. — Tais-toi, béte.
PELAGE. — Voulez-vous quc je dise un cochon comme moi qui suis si petit?
LE ROI. — Appelez vos gens au plus tôt.
(Entrent Briio, Philène, Juana, et Lconor.)
NUNO. — S'il faut faire venir tous les bergers de la montagne et de la vallée, vous attendrez longtemps.
LE ROI. — C'est assez de ceux-là. [A Brito.) Qui ôtesvous?
BRITO. — Moi, bon seigneur, je suis Brito, et je travaille aux champs.
PELAGE. — On l'a pris déjà marié, et il en porte maintenant.
LE ROI. — Que savez-vous de don Tello et d'Elvire.
BRITO. — La nuit du mariage, des hommes masqués l'ont enlevée, après avoir forcé les portes.
LE ROI. — Et vous, qui êtes-vous?
JUANA. — Juana, seigneur, servante de la maison au service d'Elvire, que je crois morte et déshonorée.
LE ROI. — Quel est ce bon homme ?
pÉLAfiE. — Seigneur, c'est Philène, le joueur de cornemuse, qui fait danser quelquefois les sorcières, la nuit, dans ces bruyères. Une fois elles l'ont emmené, et ri en est revenu avec le derrière tout pareil àr une tranche de saumon.
LE ROI. — Dites ce que vous savez.
PttiLÈNE. — Seigneur, j'étais venu pour jouer de la cor-
nemuse, et j'entendis don Tello qui défendait de laisser entrer le curé; après avoir ainsi empêché le marlag^e, il emmena Elvire au château, où son père et d'autres pa— rents l'ont vue.
LE ROI. — Et vous, ma petite.
PELAGE. — Celle-ci est Leonor de Gueto, fille de Pierre Michel, petit-fils de Nuno, neveu de Martin, qui épurait l'huile pour tout le pays... Excellente famille. Ce dernier a eu deux tantes quelque peu sorcières, mais il y a longtemps de ça : de plus un neveu bossu qui sema le premier des navets en Galice.
LE ROI. — En voilà assez pour le moment. Reposonsnous, seigneurs cavaliers, et ce soir nous irons faire une visite à don Tello.
LE COMTE. — Vous u'aviez pas besoin d'informations pour être sûr que Sanche ne vous avait pas trompé. La simplicité de ces bonnes gens le prouve de reste.
LE ROI, bas au comte, — Faites avertir en secret un prêtre et le bourreau.
(Le roi sort, accompagné du comte et de don Henrique.)
Nuwo, à part, — Sanche?
SANCHE. — Seigneur?
NUNO. — Je ne comprends rien à ce juge. Sans autre forme de procès, il demande un prêtre et le bourreau.
SANCHE. — J'ignore ses intentions.
NUNO. — Même avec un escadron il ne l'arrêterait pas; comment pourra-t-il avec deux personnes.
SANCHE. — Faites-lui servir à dîner; nous verrons ensuite s'il le peut ou non.
NUNO. — Mangeront-ils ensemble?
SANCHE. — Je crois que le juge mangera seul, et ensuite les deux autres.
NUNO. — C'est probablement le greffier et l'alguazil.
SANCHE. — ProiDablement.
NUNO. — Juana?
JUANA. — Seigneur?
NUNO. — Mets vite du linge blanc; tue quatre poules; mets un bon morceau de jambon à la poêle ; et puisqu'il se
JOURNÉE III, SCÂNE V. iti
trcQVd tout phimé, fais rôtir aussi le jeune paon» Philène ira chercher du vin à la cave.
PÊLAGB. — Par le soleil, NuBo, je veux diner aujourd'hui avec le juge.
KUNO. — Le voilà devenu tout à fait fou,
PELAGE. — Les rois n ont qu'un malheur, c'est de dîner seuls; voilà sans doute pourquoi ils sont toujours en compagnie de chiens et de bouffons.
(Il ton.)