NOTICE SUR AMOUR ET HONNEUR
femme, à la scène où la comtesse reçoit la confidence de son malheur. La seule différence quUI y ail ici, c'est que le poëte a changé le caractère de la comtesse : il en fait une femme héroïque qui reçoit avec une résignation sublime Parrét de sa mort. Mais, comme on doit le penser, la comtesse ne meurt pas. Henri n'a pas le courage d'accomplir sa promesse : il charge un ami dévoué, seul confident de son malheur, de l'exposer dans une barque et de l'abandonner aux flots de la mer.
Henri croit à la mort de sa femme et tombe dans un profond désespoir. L'infante vengée n'a plus d'amour pour le comte ; elle refuse d'accepter pour époux cet homme souillé d'un meurtre. Mais le père exige que l'honneur de sa fille soit réparé à tout prix. Fût- il un supplice, cet épouvantable mariage aura lieu. Il n'est différé que par la maladie du comte. Cet homme, que l'on a vu jusqu'ici faible jusqu'à la lâcheté, sans noblesse de cœur, sans dignité, prend dans la circonstance où il se trouve un caractère nouveau d'une rare énergie. L'excès du malheur a grandi cet homme ; la fièvre, à défaut de cœur, lui a donné de l'audace. Il proclame son innocence devant le roi et sa fille ; il les épouvante en leur affirmant qu'ils lui ont fait commettre une horrible injustice, a On dit que j'ai trompé Tinfants, s'écrie-t-il dans son angoisse, et ceux qui le disent ont menti ! » Le comte devient alors l'instrument qui châtie le roi et sa fille de leurs passions aveugles et de l'abus qu'ils ont fait de leur puissance. C'est le côté éminemment moral de la pièce.
Le dénoûment est heureux pour tous les personnages intéressés. La comtesse, sauvée par des pécheurs, a été recueillie dans le château du duc Octave, celui dont le crime a causé tous les malheurs du comte. La vérité se découvre, et, comme par bonheur le duc n'est pas marié, l'honneur de l'infante peut être réparé. Elle devient la femme de celui qui l'a trompée autrefois, et elle s'y résout de très-bon cœur. Le comte et la comtesse se retrouvent plus aimants et plus heureux après l'épreuve quUls ont eue à subir.
Celte pièce peut nous donner un exemple des dénoûments les plus ordinaires des comédies espagnoles. Il est rare que personnages et spectateurs ne s'en aillent pas contents à la fin de la pièce, dût le poëte clianger pour cela, comme il l'a fait ici^ les traditions qui lui ont fourni le sujet de sa comédie i.
4 . Cette analyse a été recueillie au cours professé à la Sorbonne, en 4839, par M« Fauriel.
PERSONNAGES
1/iNFÀNTE DYONISE.