SCÈNE IV
Appartement de Tinfante.
DYONISE, CÉLINDE.
DYONiSE. — En matière d* amour, les conseils ennuient, les raisonnements fatiguent. J'aime, Gélinde, avec passion, et cesse de te figurer que, par crainte de mon père, je puisse en venir à repousser le comte. Ma destinée est de servir Henri; Henri est mon maître. Tout ce que tu peux me dire est pareil au vent, à l'ombre, au nuage. Si mon choix est mauvais, je te prie de me le pardonner, en songeant que, comme l'amour est aveugle, aveugles sont ses effets.
CÉLINDE. — Madame, le comte est un noble seigneur; mais, de sa qualité à la vôtre, il y a plus de différence que du chêne au palmier. Si l'amour est aveugle, la raison ne doit pas l'être. L'obstination est mère du malheur. Quel bien peut-il vous succéder à recevoir le comte dans votre appartement?
DYONISE. — Un mari a le droit d'y entrer et d'en sortir.
CÉLINDE. — Un mari, sans doute; mais le comte ne l'est pas.
DYONISE. — Il le sera; et ce qui doit être est déjà la réalité.
CÉLINDE. — Votre Altesse est perdue...
DYONISE. — Dis plutôt gagnée, Gélinde.
CÉLINDE. — Madame!...
DYONISE. — Sur ma parole, tu me fends la tête. Le comte doit entrer ici : tu resteras à la fenêtre jusqu'à ce qu'il arrive.
cÉUNDB. — Encore cette commission?
DYONISE. — Tu m'as entendue?...
CÉLINDE. — Oui, madame.
DYONISE. — Et moi, je vais prier le ciel de hâter la marche des heures, et de proléger la vie de celui de qui j'at-
tends le bonheur de la mienne. Prends bien garde qu'il n'y ait pas de lumière.
cÉUNDE. — J'y veillerai, madame.
DYONisE. — Songe que si le roi avait quelque soupçon, il pourrait m'en coûter la vie.