SCENE I
Jardin du palais.
LE ROI, DYONISE, CÉLLNDE, CLÉNARD, musiciens.
LE ROI, à finfante. — Si, pour te rendre ta joie, il suffisait de ma vie, — fût-elle de mille ans, je l'échangerais contre un seul jour qui put te distraire. Faut-il que tes ennuis veuillent briser ce cristal où se mirent mes yeux, les yeux d'un vieillard, d'un roi, d'un père? Combien durera cette noire mélancolie qui, du môme coup, doit achever ta vie et la mienne? C'est une épée à double tranchant, qui coupera les deux trames h la fois. Ah! Dyonise, Dieu veuille au moins que le plus affligé meure le premier. Tu ne parles ni ne réponds? N*ai-je pas raison d'accuser ma destinée? Que sont devenus l'éclat de ces beaux yeux, les roses de ce teint qui annonçaient le bonheur? — Assiedstoi dans le jardin. — Holà, un siège: Veux-tu de la musique?
DYONISE. — Oui.
LE ROI. — Qu'on chante.
DYONISE. — Qu'on chante la fête de ma dernière heure; mais, quels honneurs mérite celle qui meurt dans l'infamie?
LE ROI. — Encore les effets de son mal.
DYONISE. — Quel mal que celui d'avoir perdu l'honneur!
LE ROI. — Toi déshonorée? Tu es folle. — Le roi, source de l'honneur, serait déshonoré? Comment? en vertu de quelle loi?
DYONISE, aux musiciens. — Chantez, ou allez-vous en.
LE ROI. — Ils vont chanter; ne t'impatiente pas. DYONiSE. — Eh bieni alors, taisez-vous.
cÉLiNDE, à part, — Elle est folle.
CLÉNARD, de même, — Folle furieuse.
LES MUSICIENS. — « L'aubc naissait parmi les fleurs, a souriant aux oiseaux, aux bêles des champs. Elle ou- « vrait les portes du jour, quand, sur la plage, la jeune « Olympe, délaissée par le duc Birène, disait en gémissant « à la vue de la nef fugitive : Nef ennemie, fasse Dieu que « les flots t'engloutissent! Mais, non : car, dans tes flancs, a tu portes ma vie^. »
DYONISE. — Et vous laissez chanter cela? LE ROI. — Chère fille, en quoi cela peut-il t'offenser? DYONISE. — Ce duc met la voile au vent après l'avoir lâchement déshonorée... Ah! je sais bien ce que j'éprouve!... Déraison? non; mais perfidie.
LE ROI. — Quel rapport a le mal d'autrui avec les propres sentiments?
DYONISE. — Quel rapport?... La loi de Dieu ne doit-elle pas être obéie? Prétendez-vous ici l'enfreindre, sous prétexte que vous êtes roi? — 0 duc perfide et déloyal, tu abandonnes la malheureuse Olympe!...
CLÉNARD. — Laissez, madame, cette histoire fabuleuse d'amour.
DYONISE. — Qui vous demande, h vous, votre avis làdessus? — Celle histoire est véritable. {A part,) C'est moi qui suis celle qui se meurt pour le duc, celle, hélas! qui, au bord des flots, voyant un jour s'embarquer Birène, s'écria tristement : « Puisse la mer t'engloulir, ô funeste a navire! »
CÉLINDE, bas^ à Clénard, — De qui croyez-vous qu'elle se plaigne?