‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 99 sur 226 · Dove, fuggi, crudel, cosl velocé? etc · texte numérisé non relu

Dove, fuggi, crudel, cosl velocé? etc

{Orl. fur.j canto X, st. xxv.)]

AUusion à Thistoire rVOlynipe et de Birène, duc de Zélande, dans TArioste. Ce récit a probablement inspiré à Lope Tidée de placer en Irlande la scène de son drame. Obert, roi d'Irlande, devient l'éponx d'Olympe, dans le Roland furieux.

CLÉNARD, de même, — Je le sais : du comte Henri. Il y a déjà quatre ans. Quelle constance dans son amour!

LE ROI. — Dissipe, mon enfant, celle inconcevable tristesse. Essaie de t'amuser, de te distraire un moment.

DYONiSE. — Le duc Birène être ainsi parti pour l'Espagne! s'enfuir, après l'avoir possédée, après Tavoir tenue en ses bras toute une nuit, n'est-ce pas une trahison? — a Puisse la mer l'engloutir, ô funeste navire! Mais, non, « tu recèles en tes flancs celui qui est ma vie. »

LE ROI. — Ma fille, c'est une vieille romance; tu ne dois pas y faire attention.

CÉLINDE, baSy à Clénard, — Elle exprime sa propre douleur sous le couvert de ces paroles. Son délire semble avoir augmenté depuis le retour du comte.

CLÉNARD, de même. — Henri doit avoir reçu les faveurs de l'infante.

CÉLINDE. — J'en suis sûre.

CLÉNARD. — Alors, pourquoi l'ingrat l'a-t-il abandonnée? Pourquoi s'est-il enfui en Espagne?

CÉLINDE. — Il a eu peur du roi.

CLÉNARD. — A la bonne heure : mais, il s'y est marié.

CÉLINDE. — Il a été absent pendant huit années, sans que personne ait eu de ses nouvelles. Il donna pour prétexte l'outrage qu'il avait reçu, lorsque, par le conseil du duc Octave, il fut mis en prison pendant une heure. Au bout de ces huit années, il reparaît avec une femme et trois enfants, pour que le tort qu'il a causé soit irrémédiable. Le roi l'accueille bien, parce qu'il ignore tout; l'infante pleure sans oser découvrir le mal qui la consume et trouble sa raison.

(Entre Fabius).

FABIUS. — Sire, voici le comte Henri qui vient baiser vos pieds; il est avec son épouse, et vous demande, madame, la même permission.

DYONISE, à part. — Qu'espérer maintenant?

LE ROI. — Dis-lui, Fabius, que je regretle qu'il ait choisi ce moment : ma fille est indisposée.

DYONJSE. — Au contraire, c'est une fête pour moi : je

i60 AMOUR ET HONNEUR.

leur donnerai une collation. Sa femme n'est-elle pas Espagnole?

FABIUS. — Oui, madame.

DYONisE. — Je veux la voir; et si je la vois, je n'ai pas besoin d'en voir davantage.

LE ROI. — Faites-les entrer.

DYONISE, à part, à Célinde, — Célinde, aujourd'hui ma folie n'aura d'égale que ma douleur.

CÉLINDE. — Contenez-vous, madame. C'est pour les grandes douleurs que le ciel a fait le courage.

Page 1