SCÈNE- L LISETTE, PASQUIN
PASQUIN
Otn, tout tourne autrement que je ne Taurois cru; J'ai vu de mes deux yeux , et doute si j'ai vu.
LISETTE
Tout ce que tu me dis me paroît incroyable.
PASQUIN
Cependant, mon enfant, rien n'est plus véritable. La peur d'être battu m'a forcé de mentir : J'ai dit qu'Orphise enfin ne pouvoit consentir A s'éloigner de lui , quoiqu'il fut infidèle ; Qu'elle lui pardonnoit, s'il quittoit Isabelle. J'ai vanté, pour avoir encor plus de succès > Et la succession , et le gain du procès ; Sans me donner le temps de prévenir Orphise, Il s'en va la trouver; juge de ma surprise. Aussitôt quelle a vu Damis à ses genoux , Elle a jeté sur lui les regards les plus doux. Le dépit a cessé, l'amour a pris sa place, Et l'ingrat, en un mot, vient de rentrer en grâce.
LISETTE
Quoi! si facilement, si promptement?
PASQUIN
Dis-moi, Quand on a le cœur pris, est-on maître de soi? Dans le premier dépit, ce sont plaintes, murmures; On querelle, on menace, on en vient aux injures, La raison veut régner : l'amour vient, la poursuit; Il rentre dans le cœur, et la raison s'enfuit.
LISETTE
Je conviens, avec toi, que l'amour est bien traître : Quand on le croit éteint, il est prêt à renaître.
PASQUIN
Surtout quand on s'y prend de certaine façon. Le traître de Damis a d'abord pris un ton Respectueux, soumis. Il a versé des larmes, De la belle , en pleurant , exagéré les chai mes. Il m'a fait pleurer, moi.
LISETTE
Comment! Si prévenu?...
Si le fond de son cœur m'eût été moins connu , J'aurois encore été plus charmé de l'entendre. On n'a jamais rien dit de si vif, de si tendre. Mon adorable Orphise, à vos divins attraits, Je veux, uniquement sensible désormais, Ne vivre que pour vous, détester Isabelle, Regretter les instants que j'ai passés près d'elle.
LISETTE
Le chien !
PASQUIN
Mais dans le temps qu'en propos amoureux