‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 158 sur 357 · ACTE V, SCENE III. a · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. a

GÉRONTE

Non. J'ai fait la sottise De le croire d'abord ; car tu contrefaisois Et son ton, et sa voix, parce que j'écoutois.

pasquin.

Pouvois-je le savoir ? La porte étoit fermée.

GÉRONTE

Oui; ma toux m'a trahi. Feignant d'être charmée, Sa prétendue Orphise a saisi ce moment Pour jouer avec lui le raccommodement ; Elle a feint de pleurer, de céder aux excuses; Et moi, fort sottement, j'ai donné dans vos ruses.

pasquin.

Eh ! que n'entriez-vous ? Vos yeux , vos propres yeux....

GÉRONTE

J'allois entrer aussi, car j'étois furieux;

Mais dans le même instant est survenu mon frère,

À qui j'ai bonnement conté toute l'affaire :

Ayant su profiter de mon émotion,

Il m'a fait agréer qu'il ramène Cléon.

U sort : Damis arrive, et me trouve en furie ;

Mais il m'ouvre les yeux sur la supercherie.

Avez-vous oublié que des gens apostés ,

Pour me perdre, ont recours à mille faussetés?

Me ditril. Vous voyez une preuve certaine

Que je n'ai pu moi-même assister à la scène

Qui vous met dans Terreur, puisque dans ce moment

Je reviens de la ville. Il faut absolument

Que l'on ait profité d'un quart d'heure d'absence

Pour vous tromper, Monsieur, par cette manigance.

a34 LUNGRAT.

Il m'a même ajouté que ce maître fripon, Qui savoit contrefaire et sa voix et son ton , Autrefois à Ne vers, pendant des nuits obscures, Avoit causé par là cent sortes d'aventures. Je ne finirois point sur ce qu'il m'a conté ; Le détail est trop long. Eh bien! maître effronté, Te voilà stupéfait !

PASQUIlf.

Ma foi, je vous l'avoue, Son génie, après tout, mérite qu'on le loue. J'étois persuadé qu'il plîroit sous le mien ; Mais je me sens forcé de rendre hommage au sien. Si faudra-t-il pourtant....

Oh! vous aurez beau faire.

Damis m'a conjuré de finir notre affaire, Sans perdre un seul instant : m'y voilà résolu; J'ai détaillé mes biens , et nous avons conclu. Sûr qu'il sera très-riche en devenant mon gendre, Son Orphise sur lui n'a plus rien à prétendre. Il vient de me quitter pour écrire à Nevers , Et prendre congé d'elle. Ainsi, coquin! tu perds Ton adresse et ton temps , en osant entreprendre De m'engager enfin à prendre un autre gendre; Damis va l'être. Et quand ? avant la fin du jour.

LISETTE, à Isabelle.

Changeons donc nos adieux, faisons-les à la cour.

GÉRONTE

Où sont ces Nivernois? Il faut que je les voie, Pour les tancer si bien....

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