ACTE III, SCENE VIL
Et tout autre que toi, dans ce même moment, Verroit à quel excès va mon ressentiment.
damoit.
Tu prends le sérieux ?
VALÈRE
Ai -je tort? Considère Ce qu'un pareil discours dès l'instant même opère. J'ai cru jusqu'à présent que ma mère m'aimoit; Je croyois encor plus, c'est qu'elle m'estimoit; Et tu me fais penser (juge de ma surprise!) Qu'elle ne m'aime point , et qu'elle me méprise.
DAMOW.
Oui ; mais, par son portrait que je te fais ici, . En revanche tu peux la mépriser aussi.
valère.
La consolation est grande , je l'avoue ! C'est un trait merveilleux, et dignç qu'on le loue! Vois jusquesà quel point t'aveugle ton penchant, Et rougis avec moi d'un trait aussi méchant. Nul ne peut t'effacer par le talent de plaire; Mais tu fais éclater un maudit caractère. Je ne m'étonne plus qu'on s'empresse à te fuir : Tu crois te faire aimer, et tu te fais haïr; Et de tous tes amis, par un sort trop funeste, Je suis presque le seul à présent qui te reste.
DAMON
Parbleu ! tu le prend? là sut* un fort joli ton ! Qu'à ton âge il sied mal de faire le Caton ! C'est ce que je disois ce matin à Julie : Valère a de l'esprit , mais son esprit ennuie.
VÀLÈRE.
Je te suis obligé de ta sincérité.
DAMOK.
Tu devrais dès long-temps en avoir profité. C'est pourtant ce qu'on ose appeler médisance, Que dire sur chacun librement ce qu'on pense; Chercher le ridicule, et lire au fond des cœurs; Peindre ce qu'on y voit des plus vives couleurs; Discerner les motifs» et peser le mérite; Faire la guerre aux sois , démasquer l'hypocrite : Voilà ce que je fais , je ne m'en défends point. Plût au ciel que chacun m'imitât en ce point! Oui, cette liberté, cette exacte justice Corrigerait les sots , et détruirait le vice.
VA LE RE
Il est beau de vouloir corriger son prochain; Mais, pour y réussir, user d'un tour malin,...
DA.KOK.
C'est par là qu'on corrige , autrement on ennuie.
Tel rit quand on le prêche, et craint la raillerie;
Sans moi , ce vieux abbé, parent de Lisidor,
Sous ses faux cheveux blonds se farderait encor.
Ce petit magistrat, qui toujours pindarise,
Se croirait adoré de la vieille Bélise ,
Si je ne l'eusse pas averti plaisamment,
Qu'elle avoit de Damis payé le régiment.
Un couplet de chansoirque j'ai dit dans le monde,
A fait voir de Licas la malice profonde,
Et que, depuis qu'il doit sa fortune à Cliton,
Il le fait, à la cour, passer pour un fripon.