ACTE I, SCENE III
GÉROVTE.
J'ai cru m'apercevoir Qu'il n'étoit pas fâché , quand il pouvoit vous voir.
ISABELLE
Au moins il me le dit.
GÊROlfTE.
Vous jurant qu'il vous aime.
ISABELLE
Oui.
gjéron^i.
De votre côté , vous en usez de même?
Comme il est honnête homme, et qu'il veutm'épouaer, A ses empressements je n'ai pu m'opposer.
GÉRONTK.
Fort bien. Je vous entends, ma petite mignonne. Vous l'aimez?
ISABELLE
Il est vrai.
CÉRONTE , en fureur.
Quoi! vous l'aimez , friponne?
Ah, ah! vous vous piquez de belle passion! Et vous osez aimer sans ma permission ! H
ISABELLE
Mon père!
GÉRONTE
Indigne fille!
ISABELLE
Hélas! je suis perdue!
OiRONTE.
Osez-vous bien encor vous montrer à ma vue?
ia8 L'INGRAT.
Pou vez-vous ( car il faut que je parle à mon tour) Montrer tant d'ignorance en matière d'amour?
GÉBONTE.
Quoi ! coquine , tu yeux ?...
LISETTE
Malgré votre colère , Sachez qu'on n'aime point selon l'ordre d'un père. La main dépend de lui. Le cœur, en liberté, Du pouvoir paternel brave l'autorité ; Il ne s'attache à rien qu'à ce qu'il trouve aimable, Et c'est de la nature un droit incontestable. Très-inutilement prétend-on l'engager, Par force, par devoir, par raison , à changer. Ni force, ni devoir, ni raison, ni prudence, Rien ne l'y peut forcer que sa propre inconstance.
GÉRONTE
Quoi! pendarde, tu peux me tenir ce discours? Ah ! je t'en punirai,
LISETTE, à Isabelle.
Vous tairez-vous toujours?
Vous-même f à votre tour , défendez votre cause.
G^RONTE.
Aimer sans mon aveu !
LISETTE
Voyez l'étrange chose !
Ainsi donc il falloit, pour aimer tendrement, Qu'elle prît soin, Monsieur, d'avoir votre agrément, Et vous dit : Mon papa , Cléon me trouve aimable > Je m'npcrrois aussi qu'il est très-estimable ,