SCÈNE IV
JEANNE
Adieu, montagnes , et vous, prairies que j'aimais; vallée tranquille et solitaire, adieu I vous ne me verrez plus promener ici mes pas : Jeaune
vous dit un éternel adieu Plantes que j'arrosais, arbres que j'ai plantés, conservez votre douce verdure. Adieu, grotte chérie, et vous, sources transparentes, et toi, écho dont la voix a si souvent répété mes chansons l Jeanne part, et elle ne reviendra jamais.
Lieux témoins de mes innocens plaisirs, je vous quitte, et pour toujours. Agneaux, dispersez-vous sur la bruyère : vous êtes maintenant sans pasteur ; je vais guider d'autres troupeaux à travers les périls, au milieu des champs du carnage- Ainsi l'ordonne la voix qui s'est fait entendre à moi ; une passion qui n'a rien de terrestre ni d'il lusoire, m'y entraîne.
Car celui qui, sur le sommet de l'Horeb, descendit aux yeux de Moïse dans le buisson ardent pour lui ordonner de se présenter à Pharaon; celui qui jadis envoya au combat ce jeune berger, pieux enfant d'Isaï ; celui qui fut toujours favorable aux bergers , celui-là m'a parlé à travers les branches de l'arbre : « Va, a-t-il dit, tu dois » témoigner pour moi sur la terre.
» Tu enfermeras tes membres dans un rude » vêtement d'acier, et tu couvriras ton sein d'une » armure. Que jamais l'amour d'un homme n'ose » approcher de ton cœur; repousse ses flammes » coupables et ses plaisirs terrestres et yaies : » jamais la couronne nuptiale n'ornera ta tête; » jamais ton sein ne nourrira un doux enfant : » cependant je répandrai sur toi la gloire des » armes ; tu seras illustre par-dessus toutes les » autres femmes.
» Quand les plus braves seront découragés au » milieu du combat, quand le destin de la France » semblera toucher à son terme, alors tu élève- » ras mon oriflamme, et, comme les moisson- » neurs abattent les épis, tu terrasseras les vain- » queurs orgueilleux ; alors tu abaisseras la roue » de leur fortune, tu ranimeras les héros de la » France, et tu couronneras ton roi dans Reimf » délivré. »
Le ciel m'a avertie par un signe : c'est lui qui m'envoie ce casque; c'est de là qu'il me vient. En le touchant j'ai senti une force divine, et le courage des milices célestes a enflammé mon cœur. Je me sens entraînée dans le tumulte des armes ; j'entends qu'on m'appelle au milieu des orages de la guerre : la trompette sonne, et lo coursier frappe la terre de son pied.
Elle sort
THÉATHE UE SCHILLER
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