SCÈNE IV
Lbs Précédens, AGNÈS SOREL une cassette à la main.
LE ROI
0 mon Agnès, ma chère âme, tu viens m'arracher au désespoir. Tu es à moi, ton cœur est non asile. Aien n'est perdu, puisque tu es encore à moi.
AGNàs.
Cher prince ! {Elle regarde autour d'elle d'un osil curieux et inquiet.) Danois, est-il vrai ? Du- Ch&tcl 1
DUCHATEL
Uélas!
AGNÈS
La détresse estr^IIc si grande ? Ne peut-on payer a solde? Les troupes veulent se retirer?
DUCHATEL
Htilail oui, cela est ainsi.
AGNè», lui présentant la cassette.
Voici de l'or, voici des joyaux ; faites fondre mon argenterie. Kngagcz, vendez mes châteaux, empruntez sur mes terres de Provence, faites tout pour avoir de quoi apaiser les troupes; allez, ne perdez pas de temps.
Eh bien, Duuoisl eh bien, Duchâtel l vous pi rais-je encore si misérable, quand je possède l trésor de toutes les femmes? N'est-elle pas auss noble que je le suis par la naissance? le san royal des Valois est-il plus pur que le sien, et 1 premier trône de l'univers ne serait-il pas ernbel par elle ? Cependant elle le dédaigne, et ne veu régner que sur mon cœur. Jamais elle n'accept de moi un présent plus précieux que quclqu fleur nouvelle, ou quelque fruit, lorsque l'hivt leur donne le prix de la rareté. Elle ne reço rien de moi, et elle me donne tout. Elle risqt généreusement ses richesses et ses biens pour r( tablir ma fortune.
DUNOIS
Elle n'a pas plus de raison que vous. Elle jeti tout son bien dans une maison en feu. C'est voi loir remplir le tonneau des Danaides. Elle i pourra sauver ni vous ni elle-même; seulemei elle périra avec vous.
AGT<ÈS.
Ne l'écoutez pas. Il a dix fois risqué sa v pour vous, et il ne veut pas que j'expose m richesses! Comment! ne vous ai-je pas sâcril sans peine ce qui est plus estimé que l'or et 1 perles? puis-je maintenant songer seulement mon propre bonheur ? Viens, renonçons à tous 1 agrémens superflus de la vie. Laisse-moi donn le noble exemple de la résignation. Change cour en un camp, quitte l'or pour le fer, sacrtf tout pour ravoir ta couronne. Viens, viens, no partagerons les privations et les dangers. Je mo terai un belliqueux coursier, et je livrerai la d licatesse de mon teint aux ardeurs étincelant du soleil ; nous dormirons sur la pierre sans aul abri que le ciel, et le robuste soldat supporte ses maux avec résignation quand il verra son i exposé comme lui aux fatigues et aux misères. LE ROI, souriant.
Ainsi, je vois s'accomplir les paroles d'u vieille prédiction qu'une religieuse me pronon^ d'un esprit prophétique, autrefois dans Cl( mont : « Une femme, disait cette religieuse, donnera la victoire sur tous tes ennemis, et rendra la couronne de tes pères. » Long-temps j cherché cette femme dans les rangs ennemi! j'espérais un jour adoucir le cœur d'une mèi mais c'est ici qu'est l'héroïne qui doit me co duire à Reims, et c'est l'amour d'Agnès qui i rendra victorieux.
AGNÈS
Le giaive de tes braves amis te donnera la v toire.
LE ROI
Je compte aussi sur les discordes intestines nos ennemis. J'ai eu la nouvelle assurée que mj cousin le duc de Bourgogne et ces orgucillej seigneurs d'Angleterre n'étaient plus aussi b' unis qu'auparavant. J'ai donc envoyé la Hire i
LA PUCELLE D'ORLÉANS
message vers le duc pour ramener, s'il est possible, ce vassal irrité à son devoir et le rappeler a sa foi. J'attends à chaque heure le retour de l;( Hire.
DUCHATEL , à la fenêtre.
Il entre à l'instant même dans la cour.
LE ROI
Qu'il soit le bien venu! nous allons savoir surle-champ s'il nous faut céder ou combattre.
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