‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 173 sur 637 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Précédens, LA HIRE.

LE ROI, allant à sa rencontre.

La Hire, nous appgrtez-vous quelque espérance? expliquez-vous sans retard. Que dois-je attendre?

LA HIRE

Vous ne devez plus rien attendre que de votre épée.

LE ROI

L'orgueilleux duc ne veut point de réconciliation! Ah! parlez; comment a-t-il reçu mon message?

LA HIRE

Avant tout, avant même de prêter l'oreille à vos propositions, il demande que Duchâtel lui soit livré : il dit qu'il est le meurtrier de son père.

LE ROI

Et si nous nous refusons à cette honteuse condition?

LA HIRE

Alors le traité est rompu avant même d'être commencé.

LE ROI

Lui avcz-vous, ainsi que je vous l'avais prescrit, proposé de combattre avec moi sur le pont de Montereau, au lieu où son père a péri ?

J'ai jeté votre gant devant lui, et lui ai dit que, descendant de votre rang suprême, vous vouliez, ainsi qu'un chevalier, défendre vos droits et disputer votre royaume. Il m'a répondu qu'il n'était pas besoin de combattre pour ce qui était déjà en son pouvoir ; que si cependant tel était votre désir, il vous donnait rendez-vous sous les murs d'Orléans, où lui-même veut aller dès demain; puis il s'est détourné de moi en souriant.

LE ROI

Et la voix de la justice se fait-elle entendre dans mon parlement?

LA HIRE

Elle se tait devant la fureur des parjtis. Votre parlement vous a déclaré déchu du trône, vous et votre race.

OUNOIS.

Impudence orgueilleuse de ces bourgeois deve nus souverains !

LE ROI

Et n'avez-vous rien tenté auprès de ma mère

LA HIRE

Votre mère!

LE ROI

Oui; que vous a-t-elle donné à entendre? LA HIRE, après un instant de réflexion.

Lorsque je suis entré à Saint-Denis, on préparait la cérémonie du couronnement. Paris était orné comme pour un jour de fête : on avait élevé des arcs de triomphe dans les rues où passait le roi des Anglais ; les chemins étaient jonchés de fleurs, et la populace, pressée autour du cortège, poussait des cris de joie, comme si la France célébrait la plus belle victoire.

AGNÈS

Ils se réjouissaient ! ils se réjouissaient de déchirer le cœur du meilleur des rois, d'un roi qui les aime!

LA HIRE

J'ai vu le jeune Henri de Lancastre, cet enfant, assis sur le trône de saint Louis; ses oncles, les orgueilleux Bedford et Glocester, se tenaient près de lui, et le duc Philippe, à genoux devant le trône, lui rendait hommage pour ses états.

LE ROI

0 déloyal seigneur! indigne parent!

LA HIRE

L'enfant, en montant les degrés élevés du trône, chancelait et n'avait pas une marche assurée. « Mauvais présage! » a murmuré le peuple: déjà le rire commençait à se faire entendre ; la reine votre mère s'est alors avancée, et... j'ai peine à finir ce récit.

LE ROI

Eh bien ?

LA HIRE

Elle a pris l'enfant dans ses bras, et elle-même l'a placé sur le trône de votre père.

LE ROI

0 ma mère ! ma mère !

Les Bourguignons eux-mêmes, malgré leur rage et leur férocité, rougissaient de honte en cet instant; elle s'en est aperçue, et se retournant vers le peuple, elle a dit d'une voix élevée : « Français, remerciez moi ; je remplace une tige dégénérée par un plus noble rameau, et je vous délivre d'un roi qui puisa son sang dans les veines d'un père insensé. »

Le roi se couvre le visage ; Agnès va à lui et le serre dans ses bras. Tous les assistans témoignent leur exécratun et leur horreur.

THÉÂTRE DE SCHILLER

DUNOIS

Cœur de tigre ! détestable mégère !

LK ROI , après un instant de silence, s'adresse aux magistrats.

Vous avei entendu, vous voyez ce qui se passe ici. N'attendez pas plus long-temps; retournez à Orléans et racontez ce dont vous avez été témoins; j'acquitte ma bonne ville du serment qu'elle m'avait prêté; qu'elle cherche son salut; qu'elle se livre au duc de Bourgogne; il porte le surnom de Bon, il se montrera humain.

DUXOIS.

Quoi! sire! vous voulez abandonner Orléans?

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