‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 18 sur 637 · I. ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

I. ECCLESIASTIQUE

Se peut-il qu'un scélérat puisse encore avoir tant d'orgueil?

MOOR

Ce n'est pas tout... c'est maintenant que je vais parler avec orgueil. Va, et dis à ce tribunal suprême qui se joue de la vie et de la mort que... je ne suis pas un voleur qui conspire dans la nuit et le sommeil, et dont le triomphe et la gloire soient de grimper à une échelle, — Ce que j'ai fait, sans doute je le lirai un jour dans le registre que le ciel tient des fautes humaines ; mais je ne veux plus perdre une parole avec ses misérables suppléans. Dis-leur que mon métier c'est le talion. — C'est la vengeance qui est mon emploi. Il lui tourne le dos.

l'eccli5siastique.

Tu ne veux donc ni grâce ni pardon? Eh bien, j'ai fini avec toi. ( Il se retourne vers la troupe. ) Écoutez maintenant ce que la justice vous fait savoir par mon organe : livrez sur-le-champ, garrotté, ce malfaiteur condamné ; et alors la peine de vos crimes vous est remise, le souvenir môme en est eff'acé. La sainte Église recevra ses brebis égarées, avec un nouvel amour, dans son sein. On ouvrira à chacun de vous la carrière des emplois honorables. [Avec un sourire de triomphe. ) Eh bien, eh bien! que dit de cela votre majesté?... .4.1lons donc ! garrottez-le, et vous êtes libres.

HOOR.

Entendez-vous cela? l'entendez- vous? Vous hésitez? Qu'avez- vous à examiner? Ils vous offrent la liberté, lorsque vous êtes déjà réellement leurs prisonniers. — Us vous offrent la vie, et ce n'est pas une vaine parole, car vous avez été jugés. — Ils vous appellent aux honneurs et aux emplois; et quel peut être votre sort dans l'autre supposition? la malédiction, la honte, la proscription, même quand vous seriez vainqueurs... Ils vous annoncent que vous êtes réconciliés avec le ciel, et présentement vous êtes damnés. 11 n'y a pas un cheveu sur votre tête qui ne soit destiné à l'enfer. Vous réfléchissez encore ? Vous balancez encore ? Est-il si difficile de choisir entre le ciel et l'enfer? — Aidez-moi donc, mon père. l'ecclésiastique, à part.

Ce drôIe-là est-il fou? {A haute voix. ) Vous croyez peut-être que c'est un piège pour vous prendre vivans?... Lisez vous-même, le pardon général est signé. ( Il donne un papier à Schwei- «er. ) Pouvez-vous encore douter?

Voyez, voyez donc! que pouvez-vous désirer de plus?... C'est signé de leur propre main... C'est un pardon au-delà de toute espérance. — Ou bien craindriez-vous qu'on ne vous manquât de parole, parce que vous avez entendu dire quelquefois qu'on ne gardait point sa foi avec des traîtres?,.. Oh! soyez sans crainte! la politique les forcerait à tenir leur parole, même quand ils l'auraient donnée à Satan. Qui à l'avenir ajouterait foi à leur promesse? Comment pourraient-ils une seconde fois employer ce moyen?... Je jurerais que leur intention est sincère. Ils savent que c'est moi qui vous ai aigris et entraînés à la révolte ; ils vous regardent comme innocens. Ils tiennent vos délits pour des erreurs de jeunesse, pour des emportemens passagers. Ils ne veulent avoir que moi ; moi seul je dois tout expier. N'est-il pas vrai, mon père?

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