‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 195 sur 637 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Le» PâÉciDENs, DUNOIS et LA HIRE.

nuNois.

Duc, tournez vos armes vers moi ; combattez irec de> hommes, et non contre une femme.

i.A UIRI<:.

Nous venons protéger la tête de notre héroïne et ton épée doit traverser mon cœur avant di l'atteindre.

LE DUC

Je ne combats point cette dangereuse Circé mais je veux bien encore lutter avec vous, qu'elh a si honteusement déshonorés. Rougissez, Dunois et vous aussi, La Hire, d'avoir allié votre antitjut valeur aux artifices de l'enfer, et de vous êtn faits les écuyers d'un agent infernal. Approchez je vous défie tous. Il désespère de la protectioi de Dieu celui qui implore celle du démon. Ils s'apprêtent à combattre , Jeanne se place entre eux JEANNE

Arrêtez !

LE DOC

Trembles-tu pour ton favori? je vais à te; yeux...

Il s'avance sur Dunois.

JEANNE

Arrêtez ! La Hire, séparez-les : le sang françai ne doit pas couler. Ce n'est pas le glaive quidoî décider de cette querelle; les astres en ont autre ment ordonné. Séparez-vous, vous dis-je, écoute: avec respect l'esprit qui s'empare de moi et qu parle par ma bouche.

DUNOIS

Pourquoi retiens-tu mon bras déjà levé? Pour quoi suspendre le jugement sanglant du glaire Le fer est tiré, laisse-moi frapper, et que la Franc soit vengée des offenses qu'elle a reçues. JEANNE se place entre les combattans et les sépare par un assez vaste intervalle ; puis s'adressant à Dunois.

Retirez-vous de ce côté. {A La Hire.) Ne m troublez pas, j'ai à m'entretenir avec le duc. {L calme estrétabli.) Que veux tu faire, ducdcBour gogne? Quels sont les ennemis à qui tu veux don ner la mort? Regarde! ce noble prince est comin toi fils de France; ce brave guerrier est ton cona pagnon d'armes, ton concitoyen ; moi-même n suis-je pas fille de ta patrie? Nous tous, que t t'efforces d'exterminer, nous sommes à toi. No bras sont ouverts pour t'embrasser; nos genou vont fléchir devant toi; nos épées ne sauraien diriger leurs pointes contre ta [)oitrine. Noshoir mages sont dus à un visage où nous reconnaissor les traits chéris de notre roi, même sous un casqu ennemi.

LE DOC

Avec ces douces paroles et ce ton flatteur, l veux, sirène, attirer ta victime? Ton adresse n pourra me séduire; mon oreille saura se gard de tes discours artificieux. Une impénétrable rasse garantira mon cœur des traits enflamr de tes yeux. Aux armes! Dunois, nous dev^ combattre avec le fer et non pas avec les paroli

DUNOIS

D'abord les paroles, et puis les armes. Crain»

LA PUCELLE D'ORLÉANS

tu de l'expliquer par ues discours? C'est aussi une làcfieté et la marque d'une mauvaise cause.

JEANNE

Ce n'est pas l'impérieuse nécessité qui nous amène à tes pieds, et nous ne paraissons pas devant toi comme supplians. Regarde autour de toi, le camp des Anglais est en cendres, et les corps de vos soldats couvrent la campagne. Entends-tu retentir les trompettes de nos Français ? Dieu a prononcé, la victoire est à nous. Le noble laurier que nous venons de conquérir, nous sommes prêts à le partager avec un ami. Reviens à nous, abandonne noblement ton parti pour passer dans celui de la justice et de la victoire. Moi-même, l'envoyée de Dieu, je te présente une main fraternelle. Je veux te délivrer et t'attirer dans la bonne cause. Le ciel est pour la France; des anges, que tu ne vois pas, combattent pour le roi ; tous portent des lis à la main. Cette blanche bannière n'est pas plus pure que le but de nos efforts : c'est une pudique vierge^qui orne la bannière des Français.

LE DUC

Les paroles trompeuses du mensonge ont toujours quelque chose d'embarrassé, mais le discours d'un enfant ne serait pas plus simple que le tien, et si l'esprit malin dicte des paroles, il sait imiter parfaitement l'innocence. Je ne t'écoute plus ; aux armes ! mt)n oreille, je le vois, serait plus faible que mon bras.

JEANNE

Tu m'appelles une magicienne, et tu m'accuses j d'employer des ruses empruntées au démon. La paix rétablie, la haine oubliée, sont-ce là les pièges de l'enfer? La concorde vient-elle des gouffres éternels ? Qu'y ar-t-il donc d'innocent, de sacré.

d'humain, de bon, si l'on craint d'être coupable en cessant de combattre sa patrie? Depuis quand la nature est-elle assez en désordre pour que le ciel abandonne la bonne cause et que l'enfer vienne la protéger? Si la justice paraît dans mes paroles, d'où pourrais-je les tirer, si ce n'est d'en haut? Qui aurait pu songer à me ravir à mon troupeau pour consacrer une humble bergère à défendre la cause du roi? Jamais je n'ai habité auprès des princes; ma bouche est étrangère à l'art des discours. Toutefois, à présent que je cherche à te persuader, ma vue embrasse la connaissance des vastes intérêts; le destin des princes et des royaumes apparaît clairement devant mes yeux sans expérience, et ma voix tonne avec éloquence.

LE DUC, vivement touché, la regarde fixement avec étonnement et émotion.

Que se passe-t-il en mon âme? Qu'ai-je senti ? Est-ce un Dieu qui pénètre en moi pour changer le fond de mon cœur? Ah! cette touchante figure ne saurait tromper! Non, non, je suis aveuglé par un puissant enchantement, par l'autorité du ciel. Oui, mon cœur me l'assure, elle est l'envoyée de Dieu.

Il est ému ! Oui, je le vois; ce n'est pas en vain que j'ai supplié; les nuages de colère disparaissent de son front et s'écoulent en pleurs ; ses yeux brillent du doux éclat du sentiment et annoncent la paix. Laissez vos armes, pressez votre cœur sur le sien. Il s'attendrit; il est vaincu; il est à nous.

Elle jette son épée et sa bannière, s'avance vers lui les bras ouverts, et l'embrasse avec une vivacité passionnée. Dunois et La Hire abandonnent aussi leur épée et viennent l'embrasser.

V«(MaVVVVVVVVVVV/VV\AVVVVVVVVVVVVVMVWAAa\VVVVVVVtVVV\VVVVVVVVVV^

.VVVVVVVVVMVVVVVVVVl'VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVW

Page 1