‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 196 sur 637 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DUNOIS et LA HIRE.

DUNOIS

Nous sommes amis, frères d'armes ; nos bras sont armés pour défendre la même cause, nous avons bravé ensemble et le malheur et la mort. Que l'amour d'une femme ne rompe pas un lien qui a résisté à tous les coups du sort.

LA mBE.

Prince, écoutez-moi.

DUNOIS

Vous aimez cette merveilleuse fille, et je sais bien quel est votre projet. Vous voulez aller de ce pas prier le roi de vous accorder Jeanne. Il ne peut refuser à votre valeur une récompense si bien

Marne , dans le palais du roi.

méritée. Sachez cependant qu'avant que je la voie en d'autres bras...

LA HIRE

Écoutez -moi, prince!

DUNOIS

Ce n'est point l'effet soudain et passager de sa beauté qui m'attire vers elle. Aucune femme n'avait encore troublé le calme inébranlable de mon cœur jusqu'au jour où je vis cette fille miraculeuse, qu'un décret de Dieu a destinée à être la libératrice de la France et à être aussi mon épouse ; dans l'instant même je me promis, avec un serment sacré, que je l'unirais à moi. Le guerrier vaillant doit avoir une vaillante amie; son cœur ardent ne peut se reposer que sur un cœur qui lui ressemble et qui puisse affermir et soutenir son courage.

THEATRE DE SCHILLER

lA UIRE.

Comment pourrais-je, prince, me nasarder de comparer mes faibles services à la gloire de votre nom héroïque ? Lorsque le comte de Dunois se présente dans la carrière, tout autre prétendant doit se retirer. Cependant une humble bergère est-elle digne de paraître auprès de vous comme épouse, et le sang royal qui coule dans vos veines ne doit-il pas dédaigner cette alliance inégale?

Elle est née mon égale ; elle est comme moi un enfant de Dieu et de la nature bienfaisante, et quel prince ne serait pas honoré de recevoir la main de celle qui est l'innocente fiancée des anges, dont la tète est ornée d'une couronne céleste plus brillante que les couronnes de ce monde, qui voit "au-dessous de ses pieds les plus grands, les plus élevés de la (erre? Tous les trônes amoncelés l'un sur l'autre jusqu'aux étoiles ne pourraient égaler la hauteur de celui où elle est assise dans son angélique majesté.

LA HIRE

Le roi pourra prononcer.

DUNOIS

Non, c'est elle-même qui doit prononcer. Elle a rendu la France libre, et son cœur ne pourrait disposer de lui-même 1

LA HIRE

Le roi vient.

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