SCÈNE IL
Les Précédens, LE ROI, AGNÈS, L'ARCHE- VÊQUE, DUCHATEL, CHATILLON.
LE ROI, à Châtillon.
Il revientl II veut, dites-vous, me reconnaître pour Bon roi et me rendre hommage ?
CHATILLON
Oui, sire : le duc, mon maître, veut ici même, dans votre royale ville de Châlons, se jeter à vos pieds. Il m'a ordonné d'aller vous saluer comme mon seigneur et mon roi ; lui-môme suit mes pas, Et bientôt il va s'avancer.
AGNÈS
Il revient! ô jour heureux 1 tu nous amènes la joie avec la paix et la concorde.
CHATILLON
Mon maître arrive avec deux cents chevaliers, il se prosternera à vos pieds ; cependant il espère que vous vous opposerez à cet humble mouvement, et que vous embrasserez votre cousin avec amitié.
LB ROI
Je brûle de le presser sur mon cœur.
CHATILLON
Le duc demande aussi que dans cette première entrevue aucun mot ne soit prononcé qui ait rapport aux anciennes discordes.
LE ROI
Que le passé soit pour toujours noyé dans l'oubli; nous ne voulons songer qu'aux jours sereins de l'avenir.
CHATILLON
Tous ceux qui ont combattu avec le duc doivent être compris dans cette réconciliation.
LE ROI
Par là je vois doubler le nombre de mes sujets.
CHATILLON
La reine Isabelle doit être associée à ce traité, si elle veut y accéder.
LE ROI
Elle fait la guerre contre moi, et je ne la fais pas contre elle. Notre combat sera fini du moment qu'elle suspendra l'attaque.
CHATILLON
Douze chevaliers serviront d'otage pourgarantir votre parole.
LE ROI
Ma parole est sacrée.
CHATILLON
Et l'archevêque partagera l'hostie entre vous et mon maître comme sceau et comme gage d'une réconciliation sincère.
LE ROI
Que mes droits au salut éternel répondent de la sincérité démon cœur etdemesembrassemens. Le duc ne demande aucun autre gage?
CHATILLON. en jetant un regard sur Duchâtel.
Je vois ici quelqu'un dont la présence pourrait troubler cette première entrevue.
Duchâtel sort en silence.
LE ROI
Va, Duchâtel, jusqu'à ce que le duc puisse supporter ta vue, il convient que tu te retires. [Il le suit des yeux, puis court à lui et l'embrasse.) 0 mon fidèle ami! tu as voulu faire encore davantage pour mon repos.
Duchâtel sort.
CHATILLON
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LE ROI, à l'Archevêque.
Vous prendrez soin de les régler. Je consens à tout; pour acquérir un ariîi, il n'est point de trop grands sacrifices. Vous, Dunois, prenez avec vous cent nobles chevaliers, et allez recevoir duc. Que les soldats se couronnent de feuillagei pour aller au-devant de leurs frères. Que toute la ville s'orne pour cette fête, et que le son des cloches annonce que la France et la Bourgogne sont de nouveau unies. (Un écuyer entre, on entend les trompettes.) Qu'en tends-je? qu'annoncent ce» trompettes ?
l'écoyer.
Elles annoncent l'entrée du duc de Bourgogne.
11 sort.
ce es
LA PUCELLE D'ORLÉANS
DUiNOis sort avec La litre et Châlillon. Allons à sa rencontre.
LE ROI
Agnès, vous pleurez? Et moi aussi je manque presque de force pour résister à ce changement. Ah ! combien la mort a pris de victimes avant que j'aie pu réussir à obtenir cette réconciliation ! Mais enfin la rage de la tempête s'apaise; le jour succède à la nuit obscure, et une heureuse saison vient mûrir des fruits trop tardifs.
l'archevêque, à la fenêtre.
Le duc fend la presse, on le porte en triomphe, on baise ses vêtemens et la trace de ses pas.
LE ROI
C'est un bon peuple, ardent et vif dans son amour comme dans sa fureur. Comme ils ont vite oublié que c'est là ce même duc dont la main a frappé ou leurs pères ou leurs enfans! Cet instant a effacé toute sa vie. Prends courage, Agnès, ta vive joie pourrait blesser son âme. Rien ici ne doit l'affliger ou l'humilier.
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