‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 198 sur 637 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

Les PRÉciDENS, LE DUC DE BOURGOGNE, DU- NOIS, LA HIRK, CHATILLON et d'AUTRES Chevaliers de la suite du duc.

Le Duc s'arrête un instant à l'entrée. Le Roi s'avance vers lui. Aussitôt le Duc s'approche, et au moment où il se dispose à mettre le genou en terre , le roi le serre dans ses bras.

LE ROI

Vous nous avez surpris ; nous comptions aller à votre rencontre. Votre marche a été rapide.

LE DUC

Je me rendais à mon devoir. (// s'avance vers Agnès el l'embrasse au front.) Vous permettez, cousine ; c'est un droit dû au seigneur d'Arras, et aucune belle ne s'est encore refusée à cet usage.

Votre capitale est, dit-on, le siège des amours et rassemble mille beautés.

LE DUC

Sire, nous sommes un peuple commer(fant, toutes les choses précieuses qui croissent dans les divers climats sont étalées à nos yeux et pour notre jouissance sur le marché de Bruges. Et qu'est-il de plus précieux que la beauté des femmes ?

AGNÈS

Leur fidélité est estimée à un plus haut prix encore, cependant on ne la voit pas sur ce marché.

LE ROI

Mon cousin, vous avez une mauvaise renommée : on dit que vous faites peu decasde la plus belle vertu des femmes.

LE DUC

Ce serait une hérésie qui trouverait en ellemême une dure punition. Vous êtes heureux, sire ; le cœur vous apprend de bonne heure ce qu'une vie agitée ne m'a laissé connaître que bien tard. (// aperçoit l'Archevêque et lui prend la main.) Digne homme de Dieu, je vous demande votre bénédiction; toujours on vous trouve dans le chemin du devoir, et quand on veut vous voir, c'est là qu'il faut revenir.

l'archevêque.

Que le Seigneur m'appelle à lui, si telle est sa volonté. Mon cœur est comblé de joie, et je mourrai content puisque mes yeux ont pu voir ce jour.

LE DUC, à Agnès.

On dit que vous vous êtes privée de vos pierreries pour fournir des armes contre moi. Quoi donc! auriez-vous des idées si guerrières ?élait-c3 à vous de me poursuivre avec tant de chaleur? Maintenant que le combat est fini, chacun doit retrouver ce qui a été perdu, et vos joyaux se sont retrouvés. Vous les aviez destinés à me faire la guerre , recevez-les de ma main en gage d'amitié.

Il prend , de la main d un de ses suivans , l'écrin qu'il présente tout ouvert à Agnès. Elle regarde le Roi, qui paraît surpris.

LE ROI

Acceptez ce présent, c'est un gage que l'amour et la concorde me rendront doublement cher. LE DUC, plaçant dans les cheveux d'Agnès une rose debrillans.

Que n'est-ce la couronne de France ! je la placerais d'un cœur aussi fidèle sur cette tête charmante. (// s'incline et lui prend la main.) Et comptez sur moi, si quelque jour vous avez besoin d'un ami. (Agnès se détourne tout enpleurs; le roi paraît fort ému. Tous les assistons regardent les deux princes avec attendrissement. Le Duc, après avoir jeté les yeux sur toutes les physionomies, se jette dans les bras du Roi.) 0 mon roi! (^u même instant les trois chevaliers bourguignons embrassent l'Archevêque, Dunois et La Hire. Les deux princes restent un instant en silence dans les bras l'un de l'autre.) Pouvais je vous haïr! pouvais-je vous renoncer !

LE ROI

Assez, assez I n'ajoutez rien de plus.

LE DUC

J'aurais pu couronner cet Anglais I engager ma foi à un étranger! précipiter mon roi dans sa ruine!

LE ROI

Tout est oublié, tout est effacé. Ce seul instant a tout réparé. Le reste a été l'effet du sort et des astres funestes.

le duc, lui serrant la main.

Je réparerai mes torts, crovez-moi. je les ré-

THÉÂTRE DE SCHILLER

parerai. Votre royaume entier doit rentrer en votre pouvoir, sans qu'il y manque un seul village. i.E noi.

Nous sommes unis, je ne crains plus aucun ennemi.

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