‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 217 sur 637 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

THIBAUT arrive vêtu en noir, RAYMOND le suit et essaie de l'arrêter.

RAYMOND

Demeurez, mon père, écartez-vous de la foule. Voyez ce peuple transporté de joie, votre douleur ne convient point à cette fôte. Venez, éloignonsnous promptement de la ville.

THIBAUT

As-tu vu ma malheureuse enfant? l'as-tu bien regardée?

RAYMOND

Retirons-nous, je vous en supplie.

THIBAUT

As-tu remarqué comme sa démarche était mal assurée ; comme son visage était paie et troublé. La malheureuse connaît son sort ; c'est le moment de sauver mon enfant, et je veux en profiter.

Il veut entrer.

RAYMOND

Arrêtez, que voulez-vous faire?

LA PUGELLE D'ORLÉANS

THIBAUT

Je veux la surprendre et l'arracher à sa trompeuse prospérité. Je veux, de tout mon pouvoir, la ramener à son Dieu qu'elle renonce.

RAYMOND

Hélas! réfléchissez bien, ne précipitez pas votre propre enfant dans sa ruine.

THIBAUT

Ah! qu'elle périsse s'il le faut, mais que son âme soit sauvée. {Jeanne sort de l'église sans bannière. Le peuple se presse autour d'elle avec adoration et baise ses habits. Elle est retenue au fond du théâtre par la foule. ) Elle vient, c'est elle, elle sort de l'église, elle est pâle; son trouble l'entraîne hors du sanctuaire; c'est la justice divine qui se fait entendre à son cœur.

RAYMOND

Adieu ; n'exigez pas que je vous accompagne plus long-temps. Je suis venu plein d'espérance , et je pars au désespoir. J'ai revu votre fille, et je sens que je vais la perdre encore.

Il sort ; Thibaut s'éloigne aussi du côté opposé.

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