‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 220 sur 637 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

'[•.CléKV) .

Les PRicÉDENS , THIBAUT sort de la foule et st place devant Jeanne.

PLUSIEURS VOIX

Son père!

LA PUCELLE D'ORLÉANS

THIBAUT

Oui, son père infortuné, le père de cette malheureuse; qui vient, par ordre de la justice divine, accuser sa propre fille.

LE DUC

Qu'est-ce ?

DUCHATEL

Ce que je prévois est terrible.

TuiBAUT, au Roi.

Penses- tu avoir été secouru par la puissance de Dieu? Prince abusé, peuple aveugle, vous avez été délivrés par l'art du démon.

Tous se retirent avec épouvante.

DUNOIS

Cet homme est insensé.

THIBAUT

Non, ce n'est pas moi qui suis insensé, c'est toi, c'est le roi, c'est ce sage archevêque, lorsqu'ils croient que le Seigneur des cieux s'est manifesté par une misérable fille. Voyez si elle osera en face de son père soutenir l'audacieuse fourberie dont elle a abusé le roi et le peuple. Réponds-moi, au nom de la sainte Trinité, appartiens-tu aux puissances célestes et pures ?

Tous les yeux sont fixés sur elle ; le silence est général ; elle demeure immobile.

AGNÈS

Dieu ! elle ne répond pas.

THIBAUT

Elle est elTrayée de ce nom terrible que redoutent les gouffres eux-mêmes de l'enfer. Elle! revêtue d'une sainte mission de Dieu ! Non ; cette fraude lui fut inspirée, à cette misérable fugitive, sous l'arbre maudit où les mauvais esprits se rassemblent depuis long-temps pour célébrer leur sabbat; c'est là qu'elle a vendu son âme à l'ennemi des hommes, pour obtenir de lui la gloire périssable de ce monde. Qu'elle dépouille son bras, on y verra la marque dont l'enfer scelle ceux qui se donnent à lui.

LE DUC

Ah ! quelle horreur ! Cependant un père qui témoigne contre sa fille mérite croyance.

Non; l'on ne doit point croire à un furieux qui ie flétrit par le déshonneur de son propre enfant. AGNÈS , à Jeanne.

Ah ! parle , romps ce silence effrayant ; nous roirons, nous nous assurerons sur ta parole ; un (lot de ta bouche, un seul mot nous satisfera, lais parie, démens cette effroyable accusation, lis que tu es innocente, nous le croirons.

eanne demeure immobile ; Agnès s'éloigne avec horreur. LA HIRE.

Elle est effrayée, l'horreur et l'étonnement lui arment la bouche, une si terrible imputation fait rembler l'innocence elle-même. [Il s'approche

d'elle.) Jeanne, rassurez-vous, reprenez vos sens. L innocence a un langage, un regard dont la calomnie ne peut triompher. Montrez votre noble colère levez les yeux, faites rougir, confondez ceux qui outragent votre sainte vertu par un indigne doute. ^

Jeanne demeure immobile , La Hire se retire épouvanté le mouvement général augmente. '

DUNOIS

Peuple, pourquoi vous épouvanter? prince pourquoi tremblez-vous? elle est innocente • iè me rends son garant, moi-même j'engage p'our elle ma foi de prince. Je jette le gant, que celui qui la maintient coupable ose le ramasser. On entend un violent coup de tonnerre ; chacun est frappé de terreur.

THIBAUT

Réponds, au nom de Dieu qui fait entendre son tonnerre; dis que tu es innocente, assure que ton cœur n'appartient pas au démon, convaincs-moi de mensonge.

On entend un second coup de tonnerre plus fort; le

peuple s'enfuit de tous côtés.

LE DUC

Que Dieu nous protège ! quels terribtes signes il nous envoie !

DUCHATEL

Venez, venez, mon roi. quittez ce lieu. l'archevêque, à Jeanne.

Au nom de Dieu, je te le demande, est-ce le sentiment de ton innocence ou de ton crime qui te rend muette ? Si c'est en ta faveur que témoigne la voix du tonnerre, ose toucher cette croix, donne-nous quelque preuve que tu n'es pas coupable.

Jeanne demeure immobile. On entend de nouveaux coups de tonnerre. Le Roi, Agnès , l'Archevêque, le Duc , La Hire et Duchàtel se retirent.

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