‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 257 sur 637 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MORTIMER, seul.

Va, reine fausse et hypocrite; je te trompe, comme tu trompes le monde. C'est une chose juste, c'est une bonne action que de te trahir. T'ai-je donc paru ressembler à un assassin? As-tu donc lu sur mon front la vocation du crime? Fie-toi seulement à mon bras, et suspends tes coups; donne-toi aux yeux du monde la pieuse et mensongère apparence de la clémence, tandis que tu comptes en secret sur le succès de mon crime; va, et pendant ce temps-là nous gagnons des délais pour travailler à sa délivrance. Tu veux me porter à un rang élevé. Tu affectes de me montrer dans le lointain une précieuse récompense. Et quand toi-même et tes faveurs seraient cette récompense, que possèdes- tu, et que peux- lu donner? L'ambition et son vain éclat ne me séduisent pas. C'est elle seulement qui possède ce qui peut charmer la vie. Autour d'elle voltigent en chœur les heureuses et éternelles divinités de la jeunesse et de la grâce ; c'est sur son sein qu'est le bonheur céleste, et toi, tu ne peux accorder que des faveurs glacées. Jamais tu n'as joui du plus grand des biens, du plus bel ornement de la vie, de la vraie couronne de ton sexe. Tu ignores ce que c'est qu'un cœur à la fois entraîné et entraînant, qui, dans un doux oubli de lui-même, se donne à un autre cœur. Jamais ton amour n'a fait le bonheur de personne.

MARIE STUART

il faut que j'attende ce lord pour lui remettre !a lettre. Odieuse commission ! Mon cœur sent de l'éloignement pour ce courtisan. Je puis la délivrer nioi-môme, moi seul, et retenir pour moi le dan-

r, la gloire et la récompense.

Il veut sortir et rencontre Paulet.

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