SCÈNE IIL LEICESTER , BURLEIGH
Ainsi vous-même brisez l'alliance que vous aviez conclue sans nécessité avec tant d'empressement. L'Angleterre vous a peu d'obligation, et vous auriez pu vous épargner de la peine.
BURLEIGH
Mon dessein était bon. Dieu en a ordonné au trement. Heureux ceux qui n'ont pas de plus grands reproches à se faire !
LEICESTER
On reconnaît Cecil à son maintien ténébreux quand il est à la poursuite de quelque crime d'État. — Maintenant, mylord, voici un heureux moment pour vous; un grand crime vient d'éclater, et ses auteurs sont encore enveloppés dans le mystère. Un tribunal d'inquisition va s'ouvrir; les paroles et les regards vont être pesés dans la balance, et les pensées ciles-mêmes seront soumises au jugement. Vous voici tout-puissant dans^ l'État, r4tlas de l'Angleterre, vous soutenez tou le poids du royaume.
MARIE STUART
BUaLEIGII.
Je VOUS reconnais pour mon maître, mylord; votre éloquence a remporté une victoire telle que je n'en ai jamais obtenu.
lElCESTER.
Que voulez-vous dire, mylord î
N'est-ce pas vous qui, à mon insu, avez attiré ia reine au château de Fotheringay?
LElCESTER.
A votre insu ! quand ai-je été contraint de vous cacher mes actions?
BURLEIGH
Comment ! vous avez conduit la reine à Fotheringay ! Mais non, vous n'y avez pas conduit la rrine ; c'est la reine qui a eu la complaisance de vous y amener.
LElCESTER.
Qu'entendez-vous par là, mylord ?
BURLEIGH
Le noble personnage que vous avez fait là jouer à la reine! quel triomphe éclatant vous avez su lui préparer, à elle, qui se confiait à vous sans méfiance 1 Pauvre princesse, comme on s'est effrontément joué de toi, comme on t'a livrée sans pitié! Voilà donc pourquoi vous avez soudainement tant parlé de magnanimité, de clémence dans le conseil d'État; voilà pourquoi Marie était une ennemie si faible et si méprisable, que ce n'était pas la peine de se souiller de son sang. Un plan habile, adroitement conçu ! mais le trait était si finement aiguisé, que la pointe s'est brisée.
LElCESTER.
Misérable! suivez-moi sur-le-champ; venez au pied du trône, devant la reine, me rendre raison de ceci.
BURLEIGH
Vous m'y trouverez ; et lâchez, mylord, à ne point manquer d'éloquence quand vous y paraîtrez
Il sort.