CÉSAR
Quand tu me ravis la lumière,
THÉÂTRE DE SCHILLER
Je te dis : Toi, Brutus, aussi ?
Je pais tout révéler ici :
Mou cher Brutus, je suis ton père.
Ali ! (lu moins sur le sombre bord Gémis de ton erreur profonde ; Pour toi j'avais conquis le monde, Et de toi je reçus la mort.
nnuTUs.
Oui, César, tu fus un grand homme.
Mais sois aussi fier de ton fils.
Qui te préféra ton pays.
Toi seul pouvais régner sur Rome, Brutus seul pouvait t'en punir.
Laisse-moi ! Je fuis ta présence, Nos cœurs ont trop de différence ; La mortne peut nous réunir.
Qui sera mon garant?... tout est si obscur... un labyrinthe inextricable... nulle issue... aucune étoile qui vous guide... Si tout unissait avec ce dernier soupir... si tout finissait comme un vain jeu de marionnettes... Mais d'où vient cette soit ardente de félicité? d'où vient cet idéal d'une inaccessible perfection, cette impulsion vers d'inexécutables projets?... Si la plus petite pression sur ce petit ressort {il met un pistolet devant son front) rendait égaux... le sage et le fou... le poltron et le brave... le noble et le coquin! S'il y a une si divine harmonie dans la nature inanimée, pourquoi y aurait-il une telle dissonance dans la nature morale ?... Non, non, il y a quelque chose de plus , car je n'ai encore joui d'aucun bonheur.
Croyez-vous que je tremblerai, ombres de ceux que j'ai égorgés? je ne tremblerai pas! {Il frissonne.) Les convulsions de votre agonie... votre visage bleuâtre et suffoqué... vos plaies ouvertes et terribles, ne sont que des anneaux de la chaîne indestructible du destin; et cette chaîne vient se rattacher au tempérament de mon père, au sang de ma mère, à l'humeur de mon gouverneur et de ma nourrice, aux divertissemens de mes jours de congé... (// frissonne d'horreur.) Pourquoi le Périllus qui m'a forgé a-t-il fait de moi un taureau dont les entrailles brûlantes consument l'humanité? ( Il avance le bout du pistolet. ) Le temps et l'éternité sontciichaiiics l'un a l'autre et se touchent pendant un instant unique! Clef redoutable qui fermeras derrière moi la prison de la vie et ouvriras les verroux de la nuit éternelle... dis-moi... dis-moi, où... où tuvasmcconduire?... Terre étrangère, où jamais on n'aborda!... lU;garde, l'humanité succombe devant cette image, la force mortelle perd tout son ressort; et l'imagination , ce singe malicieux de l'intelligence, fait passer devant nous les ombres bizarres qu'enfante notre crédulité... Non, non! un homme ne doit pas broncher... Sois ce que tu voudras, anonyme de là-haut... pourvu que mon moi ne m'abandonne pas... sois ce que tu voudras, pourvu que j'emporte mon moi... Les choses extérieures ne forment que l'enveloppe de l'homme... je suis moi-même mon ciel et mon enfer.
Me laissc-as-tu seul dans quelque monde rédui
en cendres, relégué loin de tes yeux, où la nuit solitaire et les déserts éternels seront ma seule perspective!... Alors je peuplerai de mes imaginations celte muette solitude, et j'aurai tout le loisir de l'éternité pour disséquer l'image confuse de l'universelle misère... Ou bien voudras-tu, par des naissances successives, me placer successivement sur divers théâtres de misère, et de degré en degré... me conduire... au néant? Ne pourraije pas briser le fil de la vie qui me sera tissu làbas, aussi facilement que je puis briser le fil de cette vie ? Tu peux me réduire à rien... mais cette liberté, pourras tu me l'ôter? {Il arme le pistolet, puis s'arrête tout-à-coup.) Kt je vais donc mourir par la crainte que m'inspirent les tourniens de la vie? J'accorderai au malheur le triomphe sur moi!... Non, je veux l'endurer. {Il jette le pistolet. ) La souffrance sera impuissante contre ma fierté! je veux accomplir mon sort.
La nuit devient de plus en plus obscure.
HERRMANN , arrivant à travers la forêt.
Ecoutons, écoutons ! Le hibou fait des hurlomens horribles... minuit a sonné au village... bien, bien... le crime dort... il n'y a pas d'espion dans ce désert. ( Il avance vers le château et frappe à une porte.) Monte, pauvre malheureux habitant de cette tour!... voilà ton repas. MGOR , se retirant tout doucement.
Qu'est-ce que cela signifie?
UNE VOIX, dans le château.
Qui frappe? est-ce toi, Herrmann, mon pourvoyeur, corbeau du vieux prophète?
HERRMANN
Oui, c'est Herrmann, ton corbeau; monte à la grille, et mange. {Le hibou hurle.) Tes camarades de nuit font de terribles roulades, mon vieux... trouves-tu cela bon?
LA VOIX
J'avais grand'faim : grâces te soient rendues, toi qui envoies les corbeaux m'apporter du pain dans mon désert! Et comment se porte ma chère enfant, Herrmann ?
HERRMANN
Silence... écoute... un bruit comme des ronflemens ! n'entends-tu pas ?
LA VOIX
Comment? entends-tu quelque chose?
HERRMANN
J'entends le vent soupirer à travers les fentes delà tour... une musique nocturne qui fait claquer me» dents et me rend les ongles tout bleus... Ecoute donc... c'est toujours comme si j'entendais ronfler. Tu as de la compagnie, mon vieux... Hou ! hou!
LA VOIX
Vois-tu quelque chose ?
HERRMANN
Adieu, adieu! C'est un lieu horrible... redescends dans ton trou... Tu as un sauveur... tu as un vengeur là-haut... Ah! fils maudit !
Il veut s'en aller. Moor l'arrête en frémissant.
LKS BRIGANDS
MOOIt.
Arrête!
iiEiuiMANN , poussant un cri.
Oh î malheur à moi !