‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 300 sur 637 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JUNON. Elle descend de son char environné d'un nuage.

Retournez sur les sommets nuageux du Cithéron, oiseaux de Junon qui traînez son char ailé. {Le char et les nuages disparaissent.) Je te salue, palais que déleste ma colère ; je vous salue de ma haine, voûtes odieuses, murs abhorrés! C'est donc ici le lieu où Jupiter, en présence de la chaste lumière du jour, outrage les lois nuptiales! C'est ici qu'une femme, une mortelle, une créature formée de poussière, ose ravir à mes bras le maître du tonnerre et le retenir sur son cœur! Junon, Junon, tu demeures seule, tu demeures abandonnée sur le trône du ciel! En vain fument tes autels, en vain se prosternent les humains : que sont les honneurs sans l'amour? qu'est le ciel luimôme sans l'amour? Malheureuse! déjà, pour humilier ta fierté, Vénus ne s'est-clle pas élevée de l'écume de la mer, et n'a-t-elle pas séduit les dieux et les hommes de son regard enchanteur? Malheureuse ! et pour accroître tes ennuis, il a fallu qu'llermionc devint féconde, et que sa fille anéantit ton bonheur!

Ne suis-je pas la reine des dieux, la sœur du dieu tonnant, l'épouse du dieu tout-puissant? Les cieux ne roulent-ils pas sur leur axe à mon commandement? ma léte n'est-elle pas ornée du diadème de l'Olympe?

Ah ! je le sens, dans mon immortel cœur bouillonne le royal sang de Saturtie. Vengeance! vengeance ! M'aura-t-ellc impunément bravée? aural-elle impunénient jeté le trouble parmi les dieux inimortcls, et appelé la discorde dans les bienheureuses demeures du ciel? Femme imprudente cl vaine, meurs, et que les eaux du Styx l'enseignent la difTérence de la divinité à la poussière mortelle! Tu seras écrasée sous ton audacieuse entreprise; ton ambition impie te précipitera.

Le cœur endurci par la vengeance, je descends du haut Olympe; je veux avec des paroles douces, flatteuses, insidieuses, introduire ici le désespoir cl la inorl, J'enlcp-Js se» pas ; elle approche, ells approche

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de sa perte certaine, elle approche du précipice... Cachous notre divinité sous une apparence mortelle.

Elle sort.

SÉMÉLÉ arrive sur la scène.

Le soleil baisse déjà. Accourez, jeunes filles; I parfumez cette salle avec les doux parfums de l'ambre, répandez-y les roses et les narcisses; n'oubliez point les tapis couverts de broderies dorées. — Il ne vient pas encore! le soleil baisse déjà.

JUNON, sous la forme d'une femme âgée.

Loués soient les dieux, ma fille !

SÉMÉLÉ

Eh quoil serait-ce un songe? Dieux! Béroé!

JUNON

Auriez-vous, Sémélé, oublié votre vieille nourrice?

SÉMÉIÉ.

Béroé! dieux lout-puissaos... laisse-moi te presser sur mon cœur... C'est ta fille! tu vis ! qui t'a conduite vers moi, du séjour d'Épidaure? tu vis ! n'es-tu pas encore, n'es-tu pas toujours ma mère?

JUNON

Oui, ta mère... autrefois tu me nommais ainsi.

SEMÉLÉ.

Oui, tu l'es encore. Tu demeureras près de moi jusqu'à ce que tu descendes aux rives du Léthé.

JUNON

Bientôt Béroé ira boire l'oubli dans les flots du Lélhé; mais la fille de Cadmus ne boira jamais les eaux du Léthé.

SÉMÉLÉ

Que dis-tu, amie? jadis tes discours n'étaient pas ainsi obscurs et mystérieux. L'esprit prophétique des cheveux blancs t'inspire-t-il ? Je ne boirai jamais, dislu, dans les eaux du Léthé?

JUNON

Oui, je le dis ainsi. Tu railles mes cheveux blancs. Ils n'ont pas, il est vrai, enchaîné un dieu, comme a fait la blonde chevelure.

SÉMÉLÉ

Pardonne à des paroles légères. Comment rail- Icrais-je les cheveux blancs? les miens flotteront-

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U toujours sur mes épaules en anneaux dorc's? Mais que murinurais-tu enlrc tes dents? Un dieu?

JUNON

Ai-je dit... un dieu? les dieux ne sont-ils point paiiout? il convient aux faibles humains de les mi' rcr : les dieux sont où tu es, Sémélé. Que me l-iii;uides-tu?

SÉMÉLÉ

-prit malicieux! mais parle; quel motif t'a iiile d'Epidaure ici? Ce n'est pas uniquement i' que les dieux habitent près de Sémélé?

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