‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 374 sur 637 · II.LO · texte numérisé non relu

II.LO

11 est encore trop tard pour cela. On en sait trop. 11 porterait seulement sa tête sur un échafaud.

LA COMTESSE

Je ne crains pas cela. On manque de preuves pour le condamner suivant les lois, et on n'usera point de l'arbitraire. On laissera le duc se retirer tranquillement : je vois comme tout se passera. Le roi de Hongrie se montrera, et il va sans dire que, le duc partant, aucun éclaircissement ne sera nécessaire. Le roi recevra le serment des troupes, et tout demeurera dans l'ordre accoutumé. Un matin, le duc se retirera. Dorénavant il vivra dans ses châteaux : là, il ira à la chasse, il bâtira, il aura de beaux haras, il se formera une cour, il distribuera des clefs de chambellan, tiendra une table fastueuse; en un mot, sera en petit un fort grand roi. Et comme il aura su prendre un parti prudent, et se résoudre à ne plus avoir ni force ni distinction réelle, on le laissera briller tant qu'il voudra ; jusqu'à son dernier jour, il aura une représentation de prince; le duc pourra même prendre place parmi ceux qui doivent leur élévation au sort des armes, parmi les créatures récentes de la faveur de la cour; il pourra, avec un faste pareil, faire le seigneur et le prince. WALLENSTEiN Se lève, vivement agité.

Dieu tout-puissant! montrez- moi une route pour sortir de ces anxiétés; mais montrez-moi une route que je puisse suivre. Je ne puis pas, comme un héros en parole, comme un parleur de vertu, m'échauiTcr à volonté sur mes pensées; je ne puis, quand la fortune m'abandonne, lui dire coînme un fanfaron : Va, je n'ai pas besoin de toi. Si je n'agis pas, je suis anéanti. Ce nest jtas le sacrifice, ce n'est pas le danger qui m'elTraieiit et qui me font hésiter sur le dernier pas, sur le pas décisif, mais plutôt tomber dans le néant, plutôt devenir si petit après avoir voulu être si grand, plutôt être confondu par lo monde avec ces misérables qu'un jour élève et qu'un jour détruit, plutôt tout cela que de faire prononcer d'un pôle à l'autre mon nom avec horreur, que de voir le nom de Fricdland s'unir à l'idée de toutes les trahisons, de tous les parjures.

LA COMTESSE

Et qu'y a-t il donc là qui soit si fort contre nature? Je ne puis le voir; expliquez-le-moi. Abl

LA MORT DE

DC laissez pas ces fantômes d'une sonnbrc superslition obscurcir les lueurs de voire génie. Vous êtes accusé de haute trahison. Que ce soit à tort ou à raison, c'est de quoi il ne s'agit pas maintenant. Vous êtes perdu, si vous n'usez pas promptcmcnt du pouvoir que vous possédez. Eh bien! quelle est la paisible créature qui n'emploie pas à défendre sa vie toutes les forces de la vie? L'audace n'cst-clle pas toujours justifiée par la nécessité?

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