‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 394 sur 637 · WALLENSTEIN , LE COMTE TERZKY · texte numérisé non relu

WALLENSTEIN , LE COMTE TERZKY

WALLENSTEIN , s'avançant vers la fenêtre. Qu'est-ce donc î

TERZKY

Toutes les troupes sont en mouvement et en tumulte ; personne n'en sait la cause : chaque corps va , dans un sombre et mystérieux silence, se ranger sous ses drapeaux. Le régiment de Tiefenbach laisse voir une mauvaise disposition; les Wallons seuls se tiennent à part dans leur cantonnement , n'y laissent pénétrer personne , et demeurent tranquilles comme à rordinaire.

WELLENSTEIX.

Piccolomini est-il avec eux?

TERZKY

On le cherche, et on ne le trouve nulle part.

WALLENSTEIN

Que vous a annoncé cet adjudant?

TKHZKV.

Ce sont mes régimens qui l'ont envoyé ; ils viennent de vous jurer encore une fois ndélilé, et ils attendent avec une ardeur guerrière le signal du combat.

WALLENSTEIN

Mais comment ce tumulte a-t-il été excité dans le camp? L'armée ne devait être instruite de rien qu'au moment où le sort se déciderait pour nous à Prague.

TERZKY

Ah! que nem'avez-vous cru! Encore hier, nous vous avons conjuré de ne pas laisser sorùr de la ville ce serpent d'Octavio , et vous-même lui avez donné des chevaux pour... pour favoriser son départ.

WALLENSTEIN

Encore vos éternels propos ! Une fois pour toutes, qu'il ne soit plus question de ces absurdes soupçons.

TERZKY

Vous vous étiez fié sur Isolani , et cependant il est le premier qui vous abandonne.

WALLENSTEIN

Je l'ai tiré hier de sa misère; eh bien ! je n'ai jamais compté sur la reconnaissance

TERZKY

Ils lui ressemblent tous : les autres sont tels que lui.

WALLENSTEIK.

Eh bien! s'il me quitte, a-t-il tort? Il est fidèle au dieu du hasard , que la passion du jeu lui a toujours fait honorer. C'est à ma fortune qu'il était attaché : c'est elle qu'il abandonne, et non pas moi, Qu'étais je pour lui et qu'était-il pour moi ? J'étais le navire qu'il avait chargé de toutes ses espérances. Tant que nous avons été en pleine mer, il a navigué avec confiance : il voit le vaisseau périlleusement engagédanslesécueils, et il se hâte d'en retirer ses richesses. Aucun lien personnel ne nous unissait : il me quitte comme l'oiseau quitte la branche où il avait construit un nid. Celui qui s'imagine trouver un cœur dans les hommes frivoles, mérite d'être trompé : la vie ne laisse sur de telles superficies que des traces rapides et faciles à effacer ; rien ne pénètre jusqu'au fond du cœur ; les sensations vives donnent au sang un mouvement peu durable, mais il n'y a point d'âme pour échauffer les entrailles.

TERZKY

Cependant j'aimerais mieux me confier à cette surface fragile qu'à une profondeur qui m'effraye.

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