SCÈNE IX
Les Précédées, LA COMTESSE.
LA COMTESSE
Je ne puis, je ne puis plus long-temps supporter cette angoisse. Au nom de Dieu, dites-moi ce qui se passe.
ILLO
Les régimcns nous abandonnent; le comte Piccolomini est un traître.
LA COMTESSE
Oh ! mes pressenlimens !
Elle sort précipitamment.
TERZKY
Si l'on m'eftt cru! Kh bien! vous le voyez , si les étoiles vous ont trompé !
WALLE^sTF.l,^ se lève.
Non , les astres ne sont pas mensongers , mais
ceci s'écarte du cours des astres et du destin. La science a été véridiqiie, mais un perfide cœur a fait mentir le ciel. La divination ne peut s'appliquer qu'à la vérité; et lorsque la nature sort de ses règles ordinaires , toute la science échoue. Non, jamais je ne rougirai de cette faiblesse; ce qui eût été une superstition, ce serait d'avoir pu concevoir de si honteux soupçons sur la nature humaine. Il y a même dans la poursuite des bétes féroces une sorte de religion à observer, et le sauvage ne partage pas son repas avec la victime dont il va percer le flanc. Tu n'as rien fait de grand là, Octavio. Ce n'est pas ta prudence qui a vaincu la mienne, c'est ton lâche cœur qui a remporté un infâme triomphe sur mon cœur sincère. Aucun bouclier ne pouvait me garantir de ton poignard : tu l'as perfidement dirigé vers mon sein désarmé. Contre de telles armes je n'ai pas plus de défense qu'un enfant.
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SCÈJNE X.
LesPrécédexs, BUTTLER.
TERZKY
Ah! voici Buttler! xNous avons encore un ami! WALLENSTEIN VU à lui les bras ouverts , et l'embrasse avec teiidreise.
Que je te presse sur mon cœur, mon vieux frère d'armes. Les rayons bienfaisans du soleil ne m'ont jamais réjoui autant que le visage d'un ami dans un tel moment.
Mon général, je venais...
WALLENSTEIN, S appuyant sur son épaule.
Sais-tu déjà que le vieux Piccolomini m'a trahi? Qu'en dis-tu? Pendant trente ans nous avons vécu près l'un de l'autre. Nous avons à la guerre dormi sur la même couche , bu dans la même coupe , mangé le même pain ; je me reposais sur lui avec autant de confiance que maintenant je m'appuie sur toi; et dans le moment même où plein de tendresse j'épanchais mon âme dans son sein, il prend son avantage , tire son poignard , épie adroitement l'instant favorable, et le plonge lentement dans mon cœur.
Il repose sa tôte sur l'épaule de Buttler.
BUTTLER
Oubliez le perfide ; dites , que voulez-vous faire ?
WALLENSTEIN
C'est bien , tu as raison ; continuons à suivre notre route. N'ai-je donc pas encore une foule d'ajTiis ? Le destin ne me trailc-t-il pas encore avec affection , puisqu'au moment même où il démasque l'hypocrisie d'un perfide, il me donne un fidèle ami? Ne parlons plus de lui; ne pense pas que je regrette son assistance, c'est sa trahison qui m'afllige : je les aimais, je les estimais tous les deux. Mais Max avait pour moi un amour véritable, il ne m'a pas trahi, lui. Assez, a.*;scz
LA MORT DE WALLENSTEIN
sur tout ceci ; il faut maintenant prendre de promptes mesures. Le courrier que le comte lunsky m'envoie de Prague peut arnver à chaque instant; il ne faut pas que ce qu'il nous apporte tombe entre les mains des mutins. Envoyez donc sur-le-champ un messager fidèle qui puisse le conduire sûrement jusqu'à nous par des chemins détournés.
lUo veut sortir pour exécuter cet ordre.
BUTTLER , le retenant.
Mon général, qui attendez-vous?
WALLENSTEIM.
Le courrier qui doit m'apporter la nouvelle de ce qui s'est passé à Prague.
BUTTLER
Ah!
WALLENSTEIN
Qu'avez-vous ?
BUTTLER
Ainsi vous ne savez pas...
WALLENSTEIN
Quoi donc?
BUTTLER
Pourquoi ce tumulte s'est élevé dans le camp?
WALLENSTEIN
Pourquoi?
Ce courrier...
WALLENSTEIN, uvec impatience.
Eh bien?...
11 est ici.
Il est ici?
TERZKY et ILLO
WALLENSTEIN
Mon courrier ?
BUTTLER
1, Depuis quelques heures.
WALLENSTEIN
Et je ne le sais pas?
BUTTLER
La garde l'a saisi.
ILLO , frappant du pied.
Damnation !
BUTTLER
La lettre qu'il portait a été ouverte, et court do main en main dans le camp.
WALLENSTEIN, impatient.
Savez-vous ce qu'elle contient?
BUTTLER , hésitant.
Ne me le demandez pas.
TERZKV.
Ah! malheur à nous, lllo ; tout s'écroule à la fois.
WALLENSTEIN
Ne me cachez rien, je puis entendre la plus rud« nouvelle. Prague est-il perdu? l'est-il ? avouez-le franchement.
BUTTLER
Il est perdu. Tous les régimens placés à Budweiss, à Tabor, à Braunau , à Koniginngratz, à
Brûnn.à Znyam, vous ont abandonnt' et ont renouvelé leurs sermens à l'empereur. Kinsky, lllo, Terzky et vous-même êtes proscrits.
Terzky et lllo montrent leur effroi et leur désespoir. Wallenstein demeure ferme et tran(iuillc,
WALLENSTEIN , après un instant de silence. Tout est décidé , voilà qui est bien. J'ai été promptement affranchi des angoisses du doute. Maintenant je respire librement , mon ème reprend sa sérénité ; c'est au milieu de la nuit que brille l'astre de Friedland. C'est avec une résolution tremblante, avec un courage incertain que j'ai tiré l'épée ; tant que j'ai eu à choisir, j'ai éprouvé des combats intérieurs. Aujourd'hui la nécessité commande, tous les doutes s'évanouissent, je combats pour ma vie et pour ma tôte. Il sort, les autres le suivent.
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