‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 431 sur 637 · TOUS DEUX · texte numérisé non relu

TOUS DEUX

Le tuer !

BUTTLER

Le tuer, vous dis-je;... et je vous ai choisis pour cela.

tous DEUX.

Nous!

BUTTLER

Vous , capitaines Deveroux et Macdonald.

DEVEROUX , après un instant de silence.

Choisissez en un autre.

MACDONALD

Oui, choisissez-en un autre.

BUTTLER , d Deveroux.

Cela t'effraie, pauvre esprit? eh quoi I tu as trente fois chargé ton âme de plus que cela.

DEVEROUX

Porter la main sur mon général ! pensez donc...

MACDONALD

A qui nous avons juré fidélité !

BUTTLER

Le serment est nul , puisqu'il ne tient pas les siens.

DEVEROUX

Écoutez, général, cela me fait horreur.

MACDONALD

Oui, cela est vrai; on a aussi une conscience.

DEVEROUX

Si ce n'était pas notre chef qui nous a commandés si long-temps , et qui nous imposait tant de respect...

BUTTLER

S'il n'y a que cette difficulté ..

DEVEROUX

Écoutez ; c'est inutilement que vous nous le demandez ; si le service de l'empereur l'exigeait, je percerais de mon épée le cœur de mon propre fils; mais, voyez-vous, nous sommes soldats, et assassiner le généfal , c'est un péché , c'est un crime dont pas un confesseur ue pourrait nous absoudre.

Eh bien ! je suis ton pçpe.je t'absous ; décidezvous promptement.

THIUTUE de SCHILLER

DEVEKOUX, d'un ton résolu.

Cela ne se pcui p^s.

MACDO.NALU.

Non, cela ne se peut pas.

BUTTI.EU.

Eh bien! soit. Faites-moi venir Pestalutz.

DEVEKOUX , rurpris.

Pestalutz! Kh!...

MACDONAID.

Kt que lui voulez-vous?

nUTTI.iîH.

Puisque vous m'avez refusé, j'en trouverai assez il autres.

DEVEnOUX.

Non; s'il doit périr, nous saurons tout aussi bien que d'autres gagner la récompetise promise. Qu'en penses-tu, camarade Macdonald?

MACDONALD

Oui, s'il doit périr, si cela ne peut être autr'^ ment, je n'entends pas que Pestaluiz en prolite. DEVEROUX , après un momeni de réflexion. Doit-il périr?

BLTTI.EK.

Oui. cette nuit, car les Suédois arriveront demain malin aux portes de la ville.

DEVEROUX

Répondez-vous des suites, général?

BUTTl.Elî.

Je réponds de tout.

DEVEROUX

Ksl-ce la volonté de l'empereur? sa volonté franclie, expresse? On approuve quelquefois le meurtre, et l'on punit le meurtrier. Il y en a des exemples.

BUTTLEil.

L'ordre dit : Mort ou vif. 11 n'est pas possible de le livrer vivant; vous le voyez vous-môincs-

DEVEROUX

Eh bien! mort; mort donc! Comment arriverons-nous jusqu'à lui? la ville est pleine des soldats de Terzky.

MACDONALD

Et ensuite restent lllo et Terzky...

BUTTLER

On commence par eux, cela estcnteiulu.

DEVEROUX

Quoi ! doivent-ils périr aussi?

Les premiers.

MACDONALD

Écoute , Deveroux... ce sera une sanglante nuit.

DEVEROUX

Avei-vous déjà un homme pour cette commis - >ion? Confie2-!a-moi.

BUTTLER

Elle est confiée au major Géraldin. Ce soir on donne une fôte et un grand repas au château: c'est lii, à table, qu'ils seront saisis et frapprs. Pestalutz et l.csiey y seront.

DEVEROUX

Ecoulez, ^én«<ral, cria doit vous être indif-

férent; faites-moi changer de commission avec Géraidin.

BUTTLER

11 n'y a pas moins de danger à se charger du duc.

DEVEROUX

Du danger! Quelle idée avez-vousdonc de moi général ? c'est le regard du prince et non son é[)< que je crains.

BUTTLER

Quel mal peut te faire son regard?

DEVEROUX

Par tous les diables, vous savez que je ne sn pas uti poltron; mais, voyez-vous, il n'y a p encore huit jours que le duc m'a fait coinpu i vingt pièces d'or pour acheter cet habit d'hivd que je porte ; et si, quand il me verra avance avec ma hallebarde, il jette les yeux sur cet habit, voyez-vous... eh bien, eh bien, le diubi m'emporte, je ne suis pas un poltron.

BUTTLER

Le duc t'a donné un habit d'hiver... et toi , pan vre hère , tu hésites à cause de cela à lui pas'ton épée à travers le corps ! L'empereur lui i donné un vêtement qui est encore meilleur , lc| manteau de prince; et comment a-t-il reconnr ce bienfait? par la révolte et la trahison.

DEVEROUX

Cela est vrai : allons, au diable la reconnaissance; je l'assassinerai.

BUTTLER

Et si tu veux tranquilliser ta conscience , tu n'as seulement (]u'a quitter CtJ habit, et alors tu agiras librement et courageusement.

MACDONALD

11 faut encore songer à une chose.

BUTTLER

A quoi faut-il encore penser, IMacdonald ?

MACDONALD

Et où prendrons-nous des armes cotitre lui? i! est invulnérable par enchantement.

BUTTLER , en colère.

Comment ! il est...

MACDONALD

A l'épreuve de la balle et de l'épée, il est ensorcelé et préservé par un art diabolique; SOij corps ne peut être entamé; je vous le dis.

DEVEROUX

Oh ! oui, oui ; il y avait un homme comme cel; à Ingolsladt; sa peau était aussi impciiétrablt que l'acier, et l'on fut obligé de l'assonimcr coups de crosse de fusil.

MACDONALD

Écoute ce que je veux faire.

DEVEROUX

Dis.

MACDONALD

Je connais ici dans le couvent un dominicaii notre compatriote; il trempera ma hallebarde t mon épée dans l'eau bénite, et prononcera dessu; des paroles toutes-puissantes; alors elles seroiii plus fortes que tous les enchantcmens.

LA MOliT DE WALLENSTEIN

BUTTLKU. 1

tais cela, Macdonaid : maintenant allez, choi- 1 sissez dans le régiment vingt, trente hommes bien déterminés ; faites-leur faire serment à l'em- | pcreur, et quand onze heures sonneront, quand i les premières j:atrouillcs seront passées, conduijez-les en silence au palais, moi-même je ne serai pas loin.

DEVEROUX

Comment pourrons-nous traverser les gardes et les archers qui sont de garde dans la cour intérieure?

BUTTLER

J'ai examiné les lieux, je vous conduirai par une porte de derrière qui est gardée par un seul liomme. Mon rang et ma charge me donnent entrée à toute heure chez le duc ; je vous précéderai, et sur-lc-chanip je frapperai l'archer d'un coup de poignard pour assurer notre passage.

DEVEROUX

Et quand nous serons en haut, comment parviendrons-nous à la chambre du prince sans que les domestiques s'éveillent et appellent au secours? car il doit être entouré d'une suite nombreuse.

BUTTLER

Tous les domestiques logent dans l'aile droite; il craint le brurt, il habite seul l'aile gauche.

DEVEROUX

Je voudrais que cela fût déjà fait , Macdonaid ; ;ela me fait un efifet extraordinaire, ou le diable m'emporte.

MACDONALD

A moi aussi ; c'est un si grand homme ! Nous passerons pour deux scélérats.

Quand vous serez au milieu des honneurs, de l'éclat et des richesses, vous vous moquerez de 'opinion et des discours des hommes.

DEVEROUX

S'il était seulement certain que cela n'est pas contre l'honneur!

BUTTLER

Soyez tranquilles. Vous sauvez à Ferdinand sa couronne et son empire; la récompense ne sera pas petite,

DEVEROUX

Ainsi son dessein était vraiment de détrôner 'empereur ?

BUTTLER

'assurément il voulait lui ôt'er la couronne et la

DEVEROUX

K.t il aurait péri de la main du bourreau, si li l'eussions livré vivant à Vienne?

BUTTLER

11 ne pouvait pas éviter ce sort-là.

DEVEROUX

Viens, Macdonaid. Ainsi il périra comme doit périr un général , et mourra comme un homme • imeur, de la main d'un soldat.

Ils sortent.

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SCE^'E m.

Le théâtre représente une salle, où aboutit une galerie qui se prolonge au loin.

WALLENSTEIN, assis pris d'une table; le Capitaine suédois devant lui Un instant après, LA COMTESSE TEIIZKV.

WALLENSTEIN

Présentez mes hommages à votre général. Je prends part à son heureux succès ; et si vous ne me voyez pas témoigner autant de joie que cet avantage semble le mériter, ce n'est pas défaut de bienveillance , car désormais ses succès sont communs entre nous. Adieu, je vous remercie de vos soins : les portes de la place vous seront ouvertes demain matin quand vous arriverez. {Le Capitaine suédois sort. Wallenstein, absorbé dans de profondes réflexions, regarde fixement devant lui, la tête appuyée sur samain. La comtesse Terzkij entre , et se tient un moment près de lui sans qu'il la voie. Il fait un mouvement subit, l'aperçoit, et se remet un peu.) Venez-vous de la voir? Comment se trouve-t-elle? Que faitelle ?

LA COMTESSE

Elle s'est trouvée plus calme après cet entretien, à ce que m'a dit ma sœur; elle dort maintenant.

WALLENSTEIN

Sa douleur deviendra plus douce ; ellepleurera.

LA COMTESSE

Et vous aussi , mon frère , je ne vous trouve point tel qu'auparavant. Je m'attendais à vous voir plus serein après cette victoire. Demeurez ferme; soutenez notre courage : vous êtes notre flambeau, notre astre conducteur.

WALLENSTELN.

Soyez tranquille ; je n'ai rien. Où est votre mari?

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