SEM
\\\ ! ne croyez pas qu'une vaine terreur me : rompe. Venez vous-même lire dans l'aspect des planètes; de perfides amis causeront votre infortune.
AVALLENSTEIN.
Si la perfidie des amis doit causer ma perte, les signe* auraient dû se montrer plus tôt; maintenant les étoiles n'ont plus rien a m'apprcndre sur ce sujet.
SENl.
Ah! venez et voyez; croyez-en vos propres yeux. Un signe funeste se montre dans la demeure céleste de votre vie ; un malin esprit, un ennemi secret s'est glissé sous les rayons de votre étoile ; écoutez mes conseils , ne vous livrez p|| , à ces païens qui font la guerre à notre saint* église.
WALLENSTEiN, souriant.
Ne serait-ce pas là le motif de l'oracle? Ah! oui, je comprends maintenant; cette alliance avec les Suédois ne t'a jamais plu. Va dormir, Baptiste; de tels signes ne m'épouvantent point.
GOKi)0.\ , qui pendant ce dialogue a paru fort agité, se tourne vers Wallenstein.
Mon prince, oserui-je parler? Souvent un avis utile est sorti d'une bouche méprisable.
WALLENSTEm.
Parle librement.
GORDON
Mon prince, si cependant ce n'était pas un vain fantôme enfanté par la crainte; si la miséricorde de Dieu se servait par miracle de cet organe pour vous sauver!
WALI.ENSTE1\.
Vous êtes en délire l'un et l'autre. Comment un malheur pourrait-il me venir des Suédois? ils recherchent mon alliance, ils y trouvent leur avantage.
GORDCV.
Si cependant l'arrivée de ces Suédois. .. Si c'étaient eux justement qui devaient attirer sur votre tête... (// se met à genoux devant lui.) 11 en est encore temps , mon prince.
SENI se met à genoux aussi.
Écoulez-le, écoutez-le.
WALLENSTEIN
Temps de quoi faire? Levez-vous, levez-vous, je le veux.
Gonno.N se lève.
Le rhingrave est encore éloigné ; ordonnez, et les portes de cotte place vont lui être fcrméeS. H voudra nous assiéger, il l'essayera ; mais, si je m'en crois , et lui et toute son armée i)ériront plutôt sous CCS murs que de lasser notre constance et notre courage : il éprouvera ce que peut faire une troupe de héros animés par un chef héroïque, ù qui il importe d'efl'acer sa faute. L'empereur en sera touché, et s'apaisera ; son cœur penche volontiers vers la clémence; et Friedland, revenant à lui avec repentir, s'élèvera dans sa faveur plus haut que s'il ne l'avait jamais perdue. WALLENSTEIN le regarde avec une extrême surprise, garde long-temps le silence, et laisse voir une grande émotion intérieure.
Gordon , la chaleur de votre zèle vous a emporté bien loin : l'ami de ma jeunesse pouvait seul se permettre de tels discours. Le sang a coulé, Gordon, l'empereur ne peut jamais me pardonner; il le pourrait, que moi je ne pourrais consentir a recevoir un pardon. Si j'avais pu prévoir ce qui est arrivé, si j'avais su qu'il mon coû-
LA MORT DE WALLENSTEIN
tprail mon ami le plus cher, et que mon cœur
m'eût fait entendre sa voix comme à présent
peut-être aurais-jc pensé... peut-être aussi que non... Mais maintenant, qu'ai-je encore à ménager ? 11 s'est passé des choses trop graves pour qu'elles n'aboutissent à rien ; eh bien ! qu'elles suivent leur cours. {Il va à la fenêtre.) La nuit pst avancée, on n'entend déjà plus de mouvement dans le château. Allons, que l'on m'éclaire. {Le Domestique, qui est entré en silence pendant cette scène, et qui a pris une attention visible, quoiqu'il fût resté dans l'enfoncement , s'avance tout ému et se jette aux pieds du Duc. ) Et toi aussi? Je sais bien pourquoi ce pauvre homme souhaite que je fasse ma paix avec l'empereur; il a une petite possession en Carinthie, et craint qu'on ne la lui saisisse, parce qu'il est chez moi. Suis-je donc devenu si pauvre que je ne puisse indemniser mes serviteurs? Eh bien! je ne veux forcer personne; si tu crois que le bonheur m'a quitté, abandonne-moi aussi; déshabille-moi ce soir pour la dernière fois, et puis tu passeras chez ton empereur. Adieu, Gordon; je pense que je vais dormir long-temps, car les épreuves de ce jour ont été rudes. Ayez soin qu'on no me réveille pas trop tard.
Il sort; le domestique l'éclairc; Scni le suit. Gordon reste dans l'obscurité, et suit des yeux le duc dans la galerie jusqu'à ce qu'il ait disparu ; alors il exprime sa douleur par toute sa contenance, et s'appuie tristement contre une colonne.
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