‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 492 sur 637 · I.E UOI · texte numérisé non relu

I.E UOI

Marquis, marquis, je commence à craindre d'être allé trop loin avec la reine.

LE MIRQUIS.

S'il a existé de secrètes intelligences entre le prince et la reine, elles étaient certainement d'une toute autre nature que celles dont on les accusait; j'ai la certitude que le désir du prince d'aller en Flandre a pris naissance dans la tête de la reine.

LE ROI

Je l'ai toujours pensé.

LE MARQUIS

La reine a de l'ambitioM; oserais-je dire plus? elle voit avec chagrin qu'elle s'est trompée dans ses espérances orgueilleuses, et que toute participation au pouvoir lui est interdite. La jeunesse impétueuse du prince se présenta comme favorable à ses projets pour l'avenir... Son cœur... je doute fort qu'elle puisse aimer.

LE ROI

Oh! je ne tremble point devant les plans haj biles de sa politique.

j LE MARQUIS.

j Est-elle aimée? De la part de l'infant ne peut- 1 on pas craindre plus que de la sienne? ce doute i me paraît digne d'examen. Ici, je crois qu'une surveillance sévère est indispensable.

LE ROI

IVous me répondez de lui.

I LE M.4RQUIS, après avoir réfléchi. Si Votre Majesté me croit capable de remplir t office, je dois prier qu'il soit en entier et sans Rriclion confié à mes soins.

LE KOI.

11 en sera ainsi.

LE MARQUIS

Au moins qu'aucun auxiliaire, quelque nom qu'il porte, ne vienne, par son intervention , me troubler dans ce que je pourrai juger nécessaire.

LE ROI

Aucun, je vous le promets. Vous êtes mon bon ange. Combien je vous dois de reconnaissance pour ce que vous m'avez appris! {A Lerme qui est entré pendant ces derniers mots.) Comment avezvous laissé la reine?

LERME

Encore bien affaiblie de son évanouissement.

Il jette sur le Marquis un regard détourné, et s'en va.

LE MARQUIS

Une précaution me semble encore nécessaire. Je crains que le prince ne soit averti ; il a beau- ^coup d'amis dévoués, peut-être des intelligences à Gand avec les rebelles. La crainte peut le précipiter dans une résolution désespérée. Ainsi je conseillerais de prévoir, dès à présent, par quel moyen soudain on pourrait sur-le-champ s'opposer à un tel incident.

LE ROI

Vous avez raison; mais comment?

LE MARQUIS

Un ordre secret d'arrestation que Votre Majesté remettrait en mes mains, dont je pourrais me

servir sur-le-champ au moment du danger, et

(Le Roi semble réfléchir.) Ce sera un grand secret d'état jusqu'au moment...

LE ROI va à sa table , et signe l ordre d'arrestation.

11 y va du royaume; les dangers pressans permettent des moyens extraordinaires. -- En ceci, marquis, il est superflu de vous recommander les ménagemens...

LE MARQUIS, prenant l'ordre.

C'est pour un cas extrême. Sire.

LE ROI, plaçant la main sur son ôpaule. Allez, allez, cher marquis; calmez mon cœur et rendez à mes nuits le sommeil.

Ils sortent des deux côtés opposés.

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