‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 495 sur 637 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Appartement delà princesse d'Éboli.

LA PRINCESSE D'ÉBt)LI ; un instant après , DON CARLOS.

^BOLI.

Serait-elle donc vraie cette étrange nouvelle qui remplit déjà toute la cour?

CARLOS entre.

Ne vous effrayez point, princesse; je serai doux comme un enfant.

ÉROLI.

Prince... cette surprise...

CARLOS

Êtes-vous encore offensée? encore...

ÉBOLI

Prince !

CARLOS, avec instance.

Êtes-vous encore offensée? Je vous prie, ditesle-moi.

IiBOLI.

Qu'est-ce donc?... vous semblez oublier, prince... Que cherchez-vous près de moi ?

CARLOS, lui prenant la main avec vivacité.

Aimable fille, peux-tu haïr toujours? l'amour blessé ne pardonne-t-il jamais?

ÉBOLI , retirant sa main.

Que me rappelez-vous, prince?

Ta bonté et mon ingratitude. Hélas! je le sais bien, je t'ai cruellement offensée, j'ai déchiré toq

THÉÂTRE DE SCHILLER

tendre cœur, j"ni nrradié des larmes à ces yeux charmans; hélas! je ne viens pas même ici pour parier de mon repentir.

ÉBOLI

Prince, laissez-moi... je...

CARLOS

Je suis venu, parce que lu es une douce créature, parce que je compte sur la bonté, sur la beauté de ton âme. Vois, aimable fille, vois, je n'ai plus d'autre ami dans ce monde que toi seule. Une fois tu me montras de la bonté : non, tu ne haïras pas toujours, tu ne seras pas toujours implacable.

ÉBOLI, détournant le visage

Oh ! silence ! Rien de plus, au nom du ciel, prince !

CARLOS

Laisse moi te rappeler ces momens divins , laisse-moi te rappeler ton amour, ton amour, aimable fille, que j'outrageai si indignement; laisse-moi me prévaloir de ce que je fus pour toi, de ce que ton cœur avait rêvé de moi. Encore une fois, seulement une fois encore, que ton âme m'imagine comme elle me voyait^alors , et sacrifie à cette image ce que tu ne pourrais me sacrifier à moi-même.

ÉBOLI

Âhl Charles, que vous vous jouez cruellement de moi !

CARLOS

Montre-toi plus grande que ton sexe. Pardonne cette offense; fais ce qu'aucune femme n'a fait avant toi, ce qu'aucune femme ne fera après : j'exige de toi quelque chose d'inouï. Obtiens, je t'en conjure à genoux, obtiens que je puisse dire deux mots à ma mère.

Il se jette à ses genoux.

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