‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 518 sur 637 · I.A RFINE · texte numérisé non relu

I.A RFINE

C'est ainsi que je vous voulais; telle a été la grande pensée de sa mort. II m'a choisie pour exécuteur de sa dernière volonté, je veillerai à l'accomplissement de ce serment... En mourant il a encore déposé uu autre legs en mes mains, je lui ai donné ma parole; et pourquoi le tairai-je?..- il m'a légué son Charles... Je brave l'apparence... je ne tremblerai plus devant les hommes, j'aurai désormais l'audace d'un ami; mon cœur s'expliquera Ne nommait-il pas vertu noire amour? je l'en crois, et mon cœur ne craindra plus...

CARLOS

N'achevez pas, madame; j'ai fait un rêve long et pénible, j'ai aimé. Maintenant je suis réveillé, que le passé soit oublié; je vous rends vos lettres, détruisez les miennes , ne craignez plus aucun emportement de moi. C'en est fait ; un feu plus pur a éclairé mon être; ma passion gît maintenant dans les tombeaux des morts ; aucun désir mortel ne partagera plus mon cœur. ( Il se tait un moment , et prend la main de la Reine.) Je suis venu vous dire adieu. J'aperçois enfin , ma mère, qu'il y a un bonheur plus élevé, plus digne de souhait que de vous posséder; une seule nuit a imprimé le mouvement au cours appesanti de mes années, et m'a mûri dans mon printemps; je n'ai plus d'autre tâche pour cette vie que de me souvenir de lui; c'est tout ce que j'ai à moissonner. (// s'approche de la Reine, qui s'est caché le visage. ) Vous ne me dites rien, ma mère?

LA REIXK.

Ne vous inquiétez pas de mes larmes , Charles; je ne puis les retenir... Cependant je vous crois, je vous admire.

CARLOS

Vous fûtes l'unique confidente de notre union ; sous ce nom, vous restez ce que j'ai de plus cher dans le monde entier ; je ne pourrais plus vous donner mon amitié, [>as plus qu'hif'r encore je

n'aurais pu donner mon amour à une autrefemme ; mais la veuve du roi sera sacrée pour moi , si la Providence me place sur ce trône. ( Le /'oi , accompat/né du Grand-Inquisiteur et des Grands, paraît dans le fond sans êlre aperçu du Prince ni de la Reine.) Je vais quitter l'Espagne, et je ne reverrai jamais mon père , jamais dans cette vie ; je ne l'estime plus ; la nature est morte dans mon sein. Redevenez son épouse... Il a perdu son fils ; rentrez dans vos devoirs. Je me hâte d'aller délivrer un peuple opprimé des mains de SCS tyrans, Madrid ne me reverra que roi , ou jamais. Maintenant, mon dernier adieu.

Il l'ombrassi".

LA REINE

Ah! Charles, qu'exigez-vous de moi? Je n'ose point m'élocr jusqu'à cette mâle vertu, mais jo sais vous comprendre et vous admirer.

CAR LOS

N'ai-je point de fermeté , Elisabeth ? je vous tiens dans mes bras et ne balance point; hier encore l'effroi de la mort n'aurait pu m'arracher de ce lieu. ( // s'éloigne d'elle.) C'en est fait; maintenant je brave tous les coups du sort, je vous ai tenue dans mes bras et je n'ai point balancé. Silence! qu'ai-je entendu?

L'horloge sonne une heure.

LA REINE

Je n'entends rien, que la cloche redoutable qui sonne notre séparation.

CARLOS

Adieu donc, ma mère : vous recevrez de Gand ma première lettre; elle fera connaître tout le Fuystère de nos relations ; je vais maintenant en agir ouvertement avec don Philippe. Durénavant, je veux qu'il n'y ait rien de secret entre nous ; vous n'avez plus besoin d'éviter l'œil du monde; voici mon dernier mensonge.

Il va remettre son masque. Le Roi s'avance entre eux. LE ROI.

Oui , le dernier.

La Reine s'évanouit.

CARLOS se précipite vers elle, et la reçoit dans

ses bras.

Elle est morte! ô Dieu du ciel et de la terre!

LE ROI , calme et froid, s'adresse au Grand-In~

quisiteur.

Cardinal, j'ai rempli mon office, faites le vôtre.

Il sori.

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