LETTRE X
Je ne suis ni franc-maçon ni illuminé; mais si ces deux confréries ont un but moral, et que ce but ait de l'importance pour la société humaine, ce doit être le même que se proposait le marquis de Posa, ou au moins il doit en être fort rapproché. Ce que ceux-ci cherchent à accomplir par l'union mystérieuse de membres nombreux et actifs répandus sur la surface du monde, celui-là cherche à l'exécuter plus complètement et plus tôt au moyen d'un seul individu, au moyen d'un prince qui a l'expectative de monter sur le plus grand trône de l'univers, et qui, dans ce sublime dessein, sera façonné pour être capable d'une telle
THÉÂTRE DE SCHILLER
œuvre. Dans ce seul individu il fait régner un ordre d'idées et une manière de sentir dont toutes les actions Ijienfaisaiitcs découleront comme une suite nécessaire. Beaucoup de gens trouveront que c'est là un sujet trop abstrait et trop sérieux pour un ouvrage dramatique; et s'ils ne s'attendent à rien autre chose qu'à la peinture d'une passion, leur attente sera sans doute trompée; mais je ne puis regarder comme tout-à-fait indigne d'approbation la tentative de transporter des vérités qui doivent être sacrées pour tous ceux qui ont de la bienveillance pour leurs semblables, du domaine de la conscience dans ce domaine des beaux arts, de les animer par l'éclat et la chaleur, de les introduire comme motifs d'action dans le cœur de riiomme, et de les montrer combattant éncrgiquement avec les passions. Si le génie de la tragédie me désavoue pour avoir transgressé ses limites, ce ne sera pas une raison pour que quelques idées qui ne sont pas sans valeur et qui ont été déposées là soient perdues pour un penseur sincère; elles lui rappelleront son Montesquieu, et il sera agréablement surpris de les voir employées et confirmées dans une tragédie.
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