‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 538 sur 637 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

La duchesse rentre dans son palais, pleine de colère et d'amertume. Le succès et l'audace de Warbeck ont augmenté la haine qu'elle avait déjà contre lui. La nouvelle qui se confirme du véritable Plantagenet évadé de la Tour, fait que l'imposteur est maintenant superflu; elle est résolue à l'abandonner; et pour commencer au plus tôt, elle défend rudement à la princesse, qui l'a suivie de près, de songer jamais à lui; elle élève

même des doutes sur la réalité de l'existence de Warbeck. — il se fait annoncer. Elle renvoie la princesse, qui demande en pleurant à rester.

Scène de Warbeck et de la duchesse. Warbeck, enhardi par le succès, appuyé par ses partisans, exalté par son amour, et bien résolu à sortir de son intolérable situation, prend avec la duchesse un ton da.ssurance. — 11 se hasarde à lui demander compte de la conduite contradictoire qu'elle

PLAN DE WAllBEGR

tient envers lui. La duchesse s'étonne de cette sévérité, et le traite avec le plus ppofond mépris. Plus elle cherche à l'humilier, plus il affecte d'indépendance. — Il se prévaut de ce que c'est elle qui l'a arraché à la condition privée, où il vivait heureux, pour le placer dans une situation où il est malmenant de son devoir de se maintenir; car elle n'a pas le droit de se jouer ainsi de son sort.

Les réponses de la duchesse montrent son royal orgueil, son insensibilité, son âme égoïste et froide: elle n'a jamais songé à son bonheur; il n'est que l'instrument de ses projets, et elle le rejette quand il est inutHe. Mais cet instrument a une existence qui lui est propre; et ce caractère qui l'a rendu capable de jouer le rôle de prince, lui donne aussi la force de secouer une honteuse dépendance. La duchesse se voit enfin dans la nécessité de cacher sa rage. Elle le quitte après une réconciliation apparente, mais avec la colère et la vengeance dans le cœur.

La crainte d'un hymen abhorré, l'impossibilité d'espérer quoi que ce soit des bontés de la duchesse, précipitent la princesse dans les bras de l'imposteur. Pleine de confiance en lui, c'est ellcniéme qui lui propose un enlèvement. Elle lui laisse voir toute sa tendresse, et s'abandonne s<ii:s nul soupçon à son amour et à son honneur. Ella lui parle du comte Kildare, un respectable vieillard, l'ancien ami de la maison d'York, et dit que c'est prés de lui qu'ils doivent l'un et l'autre se réfugier. Elle app(jf te à Warbeck tout ce qu'elle possède de précieux. Plus elle lui montre de confiance, plus le sentiment de son imposture lui devient douloureux; il n'ose point accepter la main qui lui est offerte ; il ose encore moins faire l'aveu de la vérité; un terrible combat agile son âme ; désespéré, il quitte Adélaïde.

Elle demeure seule, blessée d'une telle conduite; et se reproche d'être peut-être allée trop loin. Cependant le danger, l'amour, l'excusent à ses propres yeux.

Plantagenet entre, en jetant autour de lui des regards timides et effrayés. Il salue avec une douloureuse émotion ce palais de sa famille. Il aperçoit les portraits de la maison d'York, fléchit le genou devant eux, et verse des larmes sur sa race et sur son propre sort.

Warbeck revient, résolu de tout avouer à la

princesse. 11 aperçoit Plantagenet à genoux devant les portraits : il le regarde long-temps avec furprise, puis il entre en conversation avec lui; ce qu'il entend, ce qu'il voit, augmente son effroi et ^on étonnement.

Enfin, il ne doute plus que le véritable York ne soit devant ses yeux. Plantagenet s'éloigne. Tout en lui semble expressif et noble. Warbeck demeure en proie à ses terreurs.

11 commençait à peine à s'entretenir avec luimême de ses craintes et de ses soupçons, lorsque l'envoyé anglais entre et le prie de lui accorder un entretien. Celui-ci confirme ses soupçons, et lui offre un accommodement avec le roi d'Angleterre, s'il veut concourir à écarter le véritable York. Tous deux ont un intérêt commun à perdre le vrai prince. Warbeck sent tout le danger de sa situation. Cependant sa haine contre Lancaslre et la bonté de son naturel triomphent; il congédie le séducteur.

Cependant il faut agir. Le véritable York est là. Il peut venir réclamer son droit. La duchesse peut s'empresser de le reconnaître, et arracher au faux York son masque de théâtre; la princesse est perdue pour Warbeck, si l'on ne réussit pas à éloigner le prince légitime. Maintenant, l'infortuné sent qu'une fraude ne peut se soutenir que par une série de crimes. Il déplore le premier pas qu'il a fait dans cette route; il voudrait n'être jamais né.

La duchesse entre avec son conseil. On rapporte que le comte Kildare est en route pour Bruxelles, qu'il espère y rencontrer le jeune Plantagenet, et qu'il a reçu l'avis de venir l'y trourer sur-le-champ. La duchesse est à la fois satisfaite et troublée de son arrivée ; troublée, à cause de Warbeck; cependant elle est fermement résolue à le sacrifier dés qu'on aura trouvé le véritable Plantagenet. Mais où est-il, ce neveu chéri? Kildare croit qu'il se rend directement à Bruxelles. Ainsi le prince doit y être déjà. L'idée du jeune homme qu'elle a vu lui revient. — Elle aperçoit par terre une écharpe. — Elle la reconnaît pour celle qu'elle envoya, il y a neuf ans, à Edouard. Elle demande avec surprise qui est venu dans cette salle ; on lui répond : Personne que Warbeck. Elle se retire précipitamment, et ordonne qu'on fasse chercher le jeune homme inconnu et Warbeck.

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