XÉNIA
Parle, dis tout ! dis ce que tu sais
ALEXIA.
Dis, où as-tu appris cette nouvelle?
LE PÊCHEUR
Où je l'ai apprise? Une lettre a été envoyée par le czar dans toutes les terres de sa domination. Le magistrat de notre ville nous l'a lue, après nous avoir tous rassemblés. Là, il est dit qu'on veut nous tromper, et que nous ne devons pas croire à cette fourberie. Cela même nous y fait croire, car si cela n'était pas vrai, notre grand souverain mépriserait ce mensonge.
MARFA
Est-ce donc la fermeté que je me flattais d'avoir acquise? Mon cœur appartient-il donc encore au monde, puisque de vaines paroles me bouleversent ainsi? Depuis seize années je pleure mon fils, et tout-à-coup je croirais qu'il est vivant !
OLGA
Tu as pleuré sa mort pendant seize années : cependant tu n'as jamais vu ses restes. Rien ne
THEATRE DE SCHILLER
rend impossible la vérité de cette nouvelle, La rrovidence veille sur le destin des peuples et sur la tête des rois. — Ouvre ton cœur à l'espérance. — L'événement passe ton intelligence; mais qui peut imposer des limites au pouvoir du Tout- Puissant ?
M A RFA.
Dois-je rejeter un regard sur la vie dont j'avais cnlin réussi à me séparer?
Mon espoir ne peut se porter vers le séjour des morts. Ahl ne me dis rien de plus : ne rattache point mon cœur à cette trompeuse image; ne me condamne pas à perdre deux fois mon fils chéri. Oh! c'en est fait de la paix de mon âme; je ne puis croire à ce discours, hélas! et je ne puis l'effacer de mon cœur. Malheur à moi! maintenant je ne sais plus si ma pensée doit le suivre chez les morts, ou le chercher chez les vivans. Je suis livrée à un doute sans issue.
On entend une cloche ; la Tourière vient. OLGA.
Que signifie cette cloche? Que veut la sœur tourière?
LATOURIKRE.
L'archevôque se présente à nos portes; il vient de la part du czar, et demande audience.
OLGA
L'archevêque se présente à nos portes! Quelle circonstance extraordinaire peut le conduire ici?
XKMA.
Allons toutes le recevoir avec les honneurs qui lui sont dus.
Elles vont vers la porte; l'archevêque entre; elles se mettent à genoux devant lui, et il leur donne sa bénédiction,
JOB
Je vous donne le baiser de paix, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit qui procède du Père.
OLGA
Seigneur, nous baisons humblement ta main
paternelle
dis ta volonté à tes respectueuses
filles.
JOB
^ Ma mission regarde la sœur Marfa.
OLGA
Elle est ici et n'attend que tes ordres.
Les religieuses s'éloignent.
JOB
C'est notre grand souverain qui m'envoie vers loi : du haut de son trône il a pensé a toi; de m(^me que le soleil lance et disperse ses rayons lumineux dans tout l'univers, de môme l'œil du souverain s'étend partout; ses soins veillent sur les extrémités les plus reculées de son empire, et •on regard y pénètre,
M A RFA.
J'ai éprouvé jusqu'où s'étend son bras.
11 sait de quel noble esprit lu es animée; air il ressent avec indignation l'offense qu'un impc leur ose te faire.