DON CÉSAR, BÉATUIX, LE CHOEUR
BÉATRix recule avec effroi.
Malheureuse! Que vois-je?
En cet instant le chœur s'avance aussi. DON CÉSAR.
Charmante personne, ne craignez rien. (Au chœur. ) L'aspect de vos armes a épouvanté la beauté timide. — Ketirez-vous et tenez-vous dans un respectueux éloignement. ( A Béatrix. ) Ne craignez rien; l'innocence craintive et la beauté me sont sacrées. {Le chœur s'est retiré ; il s'approche et prend la main de Béatrix.) Où étaistu? Quel dieu a eu le pouvoir de te dérober, de te cacher si long-temps. Je t'ai cherchée, je t'ai poursuivie durant les jours, durant les nuits. Depuis le moment où, aux funérailles du prince, tu apparus à mes yeux comme un ange resplendissant de lumière, tu as été mou seul sentiment. Ah! je ne te l'avais point caché, cet empire que
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tu avais exercé sur mes sens ; fe feu de mes regards, le tremblement de ma voix, ma main qui frémissait dans la tienne, te l'apprirent assez. L'austère majesté du lieu interdisait un plus libre •Tveu. La sainte célébration m'appelait à la prière; je m'agenouillai ; et à peine m'élais-je relevé, qu'au premier regard que je jetai sur toi, tu fus sur-le-champ enlevée de devant mes yeux ; cependant lu avais déjà enchaîné toutes les forces de mon cœur par un charme tout-puissant. Depuis ce jour, je t'ai cherchée sans cesse dans l'enceinte de tous les temples, de tous les palais, dans les lieux les plus cachés où puisse se retirer la timide innocence. J'ai répandu partout d'adroits émissaires ; mais ces soins restaient sans récompense. Enfin aujourd'hui, grâce à Dieu, la vigilance de mes émissaires a été couronnée du succès , et tu as été aperçue dans l'église prochaine. ( Béatrix qui ■pendant tout ce temps était demeurée tremblante et détournait la tête, fait un mouvement d'effroi.) Je te retrouve, et mon âme se séparera de mon corps avant que je t'abandonne. Pour m'assurer sur-le-champ contre le sort , pour me préserver des démons envieux , je m'adresse à toi comme à mon épouse , devant tous ces témoins , et je te donne pour garant la foi de chevalier. [Il la présente au chœur.) Je ne veux point rechercher qui tu es ; je te veux pour toi-même, et n'ai rien à demander à d'autres. J'affirmerais, je jurerais, d'après le premier regard que j'ai jeté sur toi, que ton âme et ton origine sont nobles. Et serais-tu d'une race vulgaire, tu es à moi pour la vie ; j'ai perdu la liberté du choix.
Et sache que je suis aussi maître de mes actions, et placé assez haut sur la terre pour que ma puissante main élève jusqu'à moi celle que j'aime ; je n'ai besoin que de te prononcer mon nom. — Je suis don César ; et dans cette cité de Messine nul n'est au-dessus de moi. ( Béatrix recule effrayée; il s'en aperçoit, et un instant après continue. ) J'aime ton étonnement et ton modeste silence : la pudeur timide est le plus bel ornement de tes attraits. En efi"et , la beauté s'ignore elle même, et s'effraye de sa propre puissance. — Je sors, et te livre à toi-même pour que ton esprit revienne de sa frayeur : l'impression subite même du bonheur est un sujet d'effroi. (Au chœur.) Dès ce moment honorez la comme mon épouse et votre princesse : informez-la des grandeurs de son sort. Je reviens aussitôt la chercher dans un appareil digne de moi , et convenable à votre souveraine.
Il sort.
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