I.c monde est au premier occupant
PREMIER CHOEUR
Allons, mécliant, cède-moi la place.
SECOND CHOEUR
Non pas sans que nos épées se soient mesurées.
PREMIER CHOEUR
Te trouvcrai-je partout sur mon passage?
SECOND CHOEUR
Partout OÙ je veux, je puis te braver.
PREMIER CHOEUR
(Jue vieiiSTlu ici épier et surveiller?
SECOND CHOEUR
Que viens-tu ici exiger ou commander ?
PREMIER CHOEUR
Je n'ai point à te parler ni à te répondre.
SECOND CHOEUR
El moi, je ne daigne pas le parler.
PREMIER CHOEUR
Jeune homme, lu dois du respect à ma vieillesse.
SECOND CHOEUR
Ma valeur a autant d'expérience que la tienne.
BÉATRix, sortant précipitamment.
Malheur à moi ! que veulent ces deux troupes farouches ?
PREMIER CHOEUR, OU second.
Ta contenance orgueilleuse ne m'impose point.
SECOND CHOEUR
Mon maître est plus vaillant que le lien.
BÉATRIX , derrière le théâtre.
Ah I malheureuse, malheureuse! et il va bientôt venir !
PREMIER CHOEUR
Tu parles faussement. C'est don Manuel qui l'a vaincu.
SECOND CHOEUR
Mon mallre a eu l'avantage dans chaque combat.
BÉATRIX
11 va venir, voici l'heure.
PREMIER CIIOEU'R.
N'était la paix, je soutiendrais mon droit.
SECOND CHOEUR
C'est ia crainte, et non la paix qui le relient.
Oh! que n'est-il à mille lieues d'ici !
PREMIER CHOEUR
Je crains la loi, et non pas la menace de Ion
rejtard.
SECOND CHOiail.
Tu fais bien, elle est l'appui du faible.
PREMIER CHOEUR
Si tu commences , je t'imiterai.
SECOND CHOEUR
Le glaive est tiré. ;,.
BÉATRIX, dans la plus vive agitation.
Ils vont combattre; les épées brillent; ô vous! puissances du ciel, arrêtez ses pas ; placez-vous devant lui pour lui interdire le passage ; semez sa route d'obstacles et de retards ; qu'il n'arrive point en ce moment; saints anges que j'ai priés, que j'ai conjurés de le conduire vers moi , oubliez mes paroles; détournez-le loin, bien loin d'ici.
Elle rentre au moment où les clioears vont se précipiter l'un sur l'autre. Don Manuel paraît.
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DON MANUEL, LE CHOEdll.
Que vois-je? Arrêtez !
PREMIER CHOEUR, au second.
Avance, avance.
SECOND CHOEUR
Mort à ces traîtres !
DON MANUEL se jette entre eux en tirant son ép4e. Arrêtez !
PREMIER CHOEUR
C'est le prince.
SECOND CHOEUR
C'est son frère, apaisons-nous.
J'étends mort sur la place le premier qui seulement du coup d'œil menacera son adversaire et provoquera la querelle. Êtes-vous en démence? est-ce un démon qui vous entraîne? Les flammes de la discorde qui nous divisaient , nous vos princes , ne sont-elles pas éteintes , éteintes pour ne jamais renaître ? Qui avait commencé le combat? parlez ! je veux le savoir !
PREMIER CHOEUR
Nous étions ici...
SECOND CHOEUR, interrompant.
Non, ils y venaient...
DON MANUEL , au premier chœur.
Parle, loi !
PREMIER CHOKUR.
Nous venions ici , prince , apporter, comme lu nous l'avais ordonné , les parures nuptiales. Préparés à une fêle, ainsi que tu le vois, et nullement pour un combat , nous suivions en paix notre roule, sans aucune pensée hostile, el nous fiant à la trêve jurée; nous avons irouvé ceux-ci, établis en ennemis dans ce lieu, et nous en interdisant l'entrée avec violence.
Insensés! N'esl-il donc pas un lieu assez sacré pour arrêter votre aveugle rage ? Quoi ! dans le séjour igiioré de l'innocence, votre haine vient troubler la paix? {Au second chtrur.) Ilelire-loi, ta présence téméraire ne doit point se mêler aux
LA FIANCÉE DE MESSINE
mystères de ce lieu. (// s'arrête un moment.) Retire-toi , ton maître l'ordonne par ma voix , nous n avons maintenant qu'une âme et qu'une volonté, mes ordres sont les siens. Allons, va I {Au premier chœur. ) Toi, demeure et garde l'entrée.
SECOND CHOEUR
Que faire? les princes sont réconciliés, cela est certain ; et se jeter avec empressement dans les querelles ou les affaires des grands sans y être appelé, c'est chercher plus de dangers que de récompenses. Quand les puissans de la terre sont las de combattre , ils se hâtent de rejeter sur l'homme obscur, qui les a servis par devoir, les sanglantes apparences du crime , et ils se montrent purs et sans reproches. Ainsi, laissons les princes s'accorder entre eux ; je pense qu'il est plus prudent d'obéir.
Le second chœur se retire. Le premier se place au fond du théâtre. En ce moment Béatrix arrive précipitamment, et se jette dans les bras de don Manuel.
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