‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 570 sur 637 · I.c monde est au premier occupant · texte numérisé non relu

I.c monde est au premier occupant

PREMIER CHOEUR

Allons, mécliant, cède-moi la place.

SECOND CHOEUR

Non pas sans que nos épées se soient mesurées.

PREMIER CHOEUR

Te trouvcrai-je partout sur mon passage?

SECOND CHOEUR

Partout OÙ je veux, je puis te braver.

PREMIER CHOEUR

(Jue vieiiSTlu ici épier et surveiller?

SECOND CHOEUR

Que viens-tu ici exiger ou commander ?

PREMIER CHOEUR

Je n'ai point à te parler ni à te répondre.

SECOND CHOEUR

El moi, je ne daigne pas le parler.

PREMIER CHOEUR

Jeune homme, lu dois du respect à ma vieillesse.

SECOND CHOEUR

Ma valeur a autant d'expérience que la tienne.

BÉATRix, sortant précipitamment.

Malheur à moi ! que veulent ces deux troupes farouches ?

PREMIER CHOEUR, OU second.

Ta contenance orgueilleuse ne m'impose point.

SECOND CHOEUR

Mon maître est plus vaillant que le lien.

BÉATRIX , derrière le théâtre.

Ah I malheureuse, malheureuse! et il va bientôt venir !

PREMIER CHOEUR

Tu parles faussement. C'est don Manuel qui l'a vaincu.

SECOND CHOEUR

Mon mallre a eu l'avantage dans chaque combat.

BÉATRIX

11 va venir, voici l'heure.

PREMIER CIIOEU'R.

N'était la paix, je soutiendrais mon droit.

SECOND CHOEUR

C'est ia crainte, et non la paix qui le relient.

Oh! que n'est-il à mille lieues d'ici !

PREMIER CHOEUR

Je crains la loi, et non pas la menace de Ion

rejtard.

SECOND CHOiail.

Tu fais bien, elle est l'appui du faible.

PREMIER CHOEUR

Si tu commences , je t'imiterai.

SECOND CHOEUR

Le glaive est tiré. ;,.

BÉATRIX, dans la plus vive agitation.

Ils vont combattre; les épées brillent; ô vous! puissances du ciel, arrêtez ses pas ; placez-vous devant lui pour lui interdire le passage ; semez sa route d'obstacles et de retards ; qu'il n'arrive point en ce moment; saints anges que j'ai priés, que j'ai conjurés de le conduire vers moi , oubliez mes paroles; détournez-le loin, bien loin d'ici.

Elle rentre au moment où les clioears vont se précipiter l'un sur l'autre. Don Manuel paraît.

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DON MANUEL, LE CHOEdll.

Que vois-je? Arrêtez !

PREMIER CHOEUR, au second.

Avance, avance.

SECOND CHOEUR

Mort à ces traîtres !

DON MANUEL se jette entre eux en tirant son ép4e. Arrêtez !

PREMIER CHOEUR

C'est le prince.

SECOND CHOEUR

C'est son frère, apaisons-nous.

J'étends mort sur la place le premier qui seulement du coup d'œil menacera son adversaire et provoquera la querelle. Êtes-vous en démence? est-ce un démon qui vous entraîne? Les flammes de la discorde qui nous divisaient , nous vos princes , ne sont-elles pas éteintes , éteintes pour ne jamais renaître ? Qui avait commencé le combat? parlez ! je veux le savoir !

PREMIER CHOEUR

Nous étions ici...

SECOND CHOEUR, interrompant.

Non, ils y venaient...

DON MANUEL , au premier chœur.

Parle, loi !

PREMIER CHOKUR.

Nous venions ici , prince , apporter, comme lu nous l'avais ordonné , les parures nuptiales. Préparés à une fêle, ainsi que tu le vois, et nullement pour un combat , nous suivions en paix notre roule, sans aucune pensée hostile, el nous fiant à la trêve jurée; nous avons irouvé ceux-ci, établis en ennemis dans ce lieu, et nous en interdisant l'entrée avec violence.

Insensés! N'esl-il donc pas un lieu assez sacré pour arrêter votre aveugle rage ? Quoi ! dans le séjour igiioré de l'innocence, votre haine vient troubler la paix? {Au second chtrur.) Ilelire-loi, ta présence téméraire ne doit point se mêler aux

LA FIANCÉE DE MESSINE

mystères de ce lieu. (// s'arrête un moment.) Retire-toi , ton maître l'ordonne par ma voix , nous n avons maintenant qu'une âme et qu'une volonté, mes ordres sont les siens. Allons, va I {Au premier chœur. ) Toi, demeure et garde l'entrée.

SECOND CHOEUR

Que faire? les princes sont réconciliés, cela est certain ; et se jeter avec empressement dans les querelles ou les affaires des grands sans y être appelé, c'est chercher plus de dangers que de récompenses. Quand les puissans de la terre sont las de combattre , ils se hâtent de rejeter sur l'homme obscur, qui les a servis par devoir, les sanglantes apparences du crime , et ils se montrent purs et sans reproches. Ainsi, laissons les princes s'accorder entre eux ; je pense qu'il est plus prudent d'obéir.

Le second chœur se retire. Le premier se place au fond du théâtre. En ce moment Béatrix arrive précipitamment, et se jette dans les bras de don Manuel.

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