‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 610 sur 637 · RODOLPHE · texte numérisé non relu

RODOLPHE

Qui êtes-YOUS? qui est votre mari ?

HERMENGARDE.

Mon bon seigneur, c'est un pauvre journalier du mont Riggi, qui s'en allait, au bord des précipices, faucher l'herbe au-dessus des rochers escarpés , dans des lieux où le bétail n'oserait pas gravir.

RODOLPHE , au Gouverneur.

Mon Dieu, quelle misérable vie'. Je vous en prie, rendez-lui son pauvre mari; quelle que soit la faute dont il a pu se rendre coupable, n'estelle pas expiée par l'épouvantable métier qui le nourrit? {A Hermengarde.) On vous fera justice; venez au château présenter votre demande, ce n'est pas ici le lieu.

HERMENGARDE.

Non, non, je ne quitterai point cette place quç monseigneur ne m'ait rendu mon mari ; déjà depuis six mois il languit dans une tour où il attend vainement la sentence du juge

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Femme, pensez-vous donc me contraindre à vous écouter ? Retirez-vous.

HERMENGARDE.

Gouverneur, faites-moi justice. Vous êtes juge dans ce pays au nom de Dieu et de l'empereur ; remplissez votre de\oir. Songez qu'on vous fera justice au ciel, comme vous nous ferez justice.

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Allons, qu'on chasse de mes yeux ce peuple insolent.

HERMENGARDE prend la bride de son cheval.

Non, non, je n'ai plus rien à perdre, tu ne sortiras pas de ce lieu avant de ni'avoir rendu justice: fronce le sourcil, lance-moi des regards menaçans, que m'importe? Notre malheur est sans bornes; nous n'avons plus rien à craindre de ta colère.

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Femme, retire-toi, ou mon cheval va te foulei aux pieds.

HERMENGARDE.

Eh bien, pousse-le sur mon corps. {Elle pousse ses enfans par terre, et se précipite avec eux au milieu du chemin. ) Me voici avec mes enfans Écrase ces malheureux orphelins sous les pieds de ton cheval; ce ne sera pas la pire de tes cruautés.

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