‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 69 sur 637 · ANDRÉ, GIANETTINO · texte numérisé non relu

ANDRÉ, GIANETTINO

ANDRÉ

Écoute-moi, mon neveu; je suis mécontent de toi.

Daigne2 m'entendre, sérénissime doge.

ANDRÉ

J'écoute le mendiant le plus déguenillé de Gênes, quand il le faut, mais jamais un mauvais sujet, fût-il mon neveu. C'est être assez indulgent de te parler comme un oncle; c'est au doge, à la tête de sa seigneurie, que tu devrais avoir affaire.

GIANETTINO

Un seul mot, monseigneur...

ANDRÉ

Ecoute ce que tu as fait, et tu te justifieras ensuite... Tu as ruiné un édifice que j'avais assidûment construit durant un demi-siècle, le mausolée de ton oncle, son unique monuntent... l'amour des Génois! André te pardonne cette conduite frivole.

GIANETTINO

Mon oncle, mon souverain...

ANDRÉ

Ne m'interromps point. Tu as détruit le plus beau chef-d'œuvre de gouvernement que moimême j'avais, à l'aide du ciel, donné aux Génois; qui m'avait coûté tant de veilles, tant de dangers et tant de sang. .4 la face de Gênes entière, tu as flétri mon honneur, en ne montrant nulle estime de mes réglemcns. A qui seront-ils sacrés, si ma propre famille les méprise?Ton oncle te pardonne une telle stupidité.

LA CONJURATION DE FIESQUK

GIANETTINO, offensé.

Sérénissimc seigneur, vous m'avez éieve pour lire doge de Gênes.

ANDRÉ

Silence!... Tu es coupable de haute trahison envers l'Ktat, et tu l'as blessé au cœur : car, sachele, enfant, il ne vit que par la soumission. Parce ([lie le pasteur, vers le soir, avait laissé sa tâche, l)ensais-tu qu'il eût abandonné son troupeau? l'arce qu'André porte des cheveux blancs, foule- !s-tu aux pieds les lois, comme un polisson? GIANETTINO, fièrement.

Arrêtez, doge ! le sang de cet André qui fit trembler la France, coule aussi dans mes veines.

ANDRÉ

Silence! je te l'ordonne; j'ai accoutumé la mer à se taire lorsque j% parle... ïu a« conspué la majesté de la justice dans son temple. Sais-tu, rebelle, quelle en doit être la peine ? Maintenant réponds. (Gianettino.muet, reste l'œil fixé en (erre. ) — Malheureux André ! tu as couvé dans ton propre sein le serpent qui devait anéantir le prix de tes services. J'avais bâti pour les Génois un édifice qui devait braver le cours du temps, et j'y ai jeté le premier brandon. — Rends grâces, insensé, à cette tête blanchie, qui veut être portée au tombeau par les mains de sa famille; rends grâces à mon amour impie, qui m'empêche de faire précipiter du haut d'un sanglant échafaud la tête du rebelle qui a offensé l'Etat.

Il sort.

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