‹ Œuvres dramatiquesChapitre 100 sur 290 · SCENE VII DIANE, THÉODORE · texte numérisé non relu

SCENE VII DIANE, THÉODORE

dune. — Est-ce fait?

Théodore. — J'ai essayé, mais sans beaucoup d'espoir d'avoir roussi. Vous l'aviez ordonné, j'ai obéi. dune. — Voyons.

THÉODORE. — Lisez.

diane, lisant. — <( Aimer parce que Ton voit aimer ne serait que de l'envie, si déjà l'on n'aimait avant d'avoir vu aimer; car celle qui, avant d'aimer, ne serait pas disposée à l'amour, n'aimerait pas par cela seul qu'elle verrait aimer.

« L'amour qui voit en possession d'autrui ce qu'il désire se décèle aisiment; car, de même qu'une vive émotion l'ait monter les couleurs au visage, ainsi la langue se fait l'interprète de ce qui agite notre cœur.

« Je n'en dis pas davantage et me défends d'être heureux; car si je me trompais, ce serait offenser la grandeur du sein de la bassesse.

« Je ne parle que de ce que je comprends, et je ne veux point entendre ce que je ne mérite pas, de peur de donner à entendre que je crois le mériter (1). »

diane. — Tu as fort bien gardé les convenances.

Théodore. — Vous vous moquez.

diane. — Plût au ciel!

Théodore. — Que dites-vous?

diane. — Que ton billet, Théodore, est le meilleur.

Théodore. — J'en suis fâché; car c'est un motif plus que suffisant de déplaire qu'un grand vienne à s'apercevoir que son serviteur en sait plus que lui. On raconte d'un certain roi qu'il dit un jour à l'un de ses plus privés courtisans : «J'ai à faire une dépêche assez difficile, et je ne suis pas content de mon projet; écrivez-en un autre, et je choisirai. » Le seigneur fit un autre projet et ce fut le meilleur. Voyant que le roi le déclarait préférable, il

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