SCÈNE VI
Entrent FABIO, et ensuite LE MARQUIS RICARDO et CELIO.
fabio. — J'ai l'honneur de vous annoncer le marquis Ricardo.
Diane. — Préparez vite des sièges.
(Entrent Ricardo et Celio. Fabio et Tristan se retirent.)
ricardo. — Poussé par l'inquiétude qui naît dans un cœur qui se propose un but capable d'aplanir les plus grandes difficultés, je viens, belle Diane, vous offrir mes hommages et solliciter moi-même en ma faveur; bien que je puisse être accusé d'une excessive ambition par quelqu'un de mes rivaux qui, lui-même, aura plus de vanité que d'amour. — Je ne demande pas comment vous vous portez; je vous vois belle et charmante, et chez vous, madame, le mot beauté est synonyme de santé; en présence de tant d'éclat et de grâces, je n'aurai donc pas la maladresse de vous questionner à cet égard. — Mais, si cela m'était permis, c'est de vous que je demanderais à connaître en quel état je suis.
dune. — Que Votre Seigneurie qualifie de beauté ce qu'en Italie on nomme gagiiardiai c'est une courtoisie digne de votre haute éducation. Quant à me demander comment vous êtes, marquis, je ne pense pas queje sois l'arbitre de votre sort autant que vous le dites.
LE CHIEN DU JARDINIER
ricardo. — Qui connaît l'honnêteté de mes sentiments et de mes vœux devrait m'accorder cette faveur. Je vois vos parents incliner à ce qu'il soit donne suite aux premières ouvertures. Il ne manque, madame, que votre consentement, duquel dépendent mes espérances. Si au lieu des États dont je viens d'hériter et qui me rendent votre égal, j'avais en mon pouvoir toute la terre, du couchant à l'aurore; si j'étais maître de tout l'or qu'elle renferme dans ses entrailles, et que je possédasse en outre ces larmes glacées que pleure le ciel et ces diamants qui ont fait ouvrir sur la mer un chemin nouveau vers l'Orient1, je les mettrais à vos pieds, il y a plus encore : pour vous plaire, sur un signe de vous, j'irais sans hésiter jusqu'aux extrémités de ce globe, jusqu'aux dernières limites qu'ait atteintes l'audace humaine.
Diane. — Je crois, seigneur marquis, à la sincérité de votre amour, et tenant compte de votre haute noblesse, je donnerai suite à la négociation; mais je ne voudrais pas fâcher le comte Frédéric.
ricardo. — Je sais quelle est son adresse 'dans l'intrigue, et, de ce côté-là, je reconnais sa supériorité; mais j'espère en votre justice pour l'empêcher de me nuire.
(Entre Théodore.)
Théodore. — Vos ordres sont exécutés, madame.
ricardo. — Si Votre Seigneurie est occupée, je ne voudrais pas lui dérober son temps.
Diane. — Ce n'est rien d'important; j'avais à écrire... à Rome.
ricardo. — Rien n'est plus importun qu'une longue visite un jour de courrier.
diane. — Vous êles d'une discrétion admirable.
ricardo. — Je désire vous plaire. — [Bas, à part. Qu'en dis-tu, Celio?
Celio. — Je voudrais qu'un amour tel que le vôtre fût récompensé comme il le mérite.
(Ils se retirent.) •1 . La route de l'Inde par le cap de Bomie-Esiiérnnce.
JOURNÉE í, SCENE VII.